L’inaction mène à l’échec

La peur d’agir est un mal récurent touchants hommes et organisations. Néanmoins, dans un monde si mouvant qu’est le nôtre, vouloir à tout prix trop réfléchir par peur de [INSÉRER ICI L’EXCUSE INVOQUÉE] ne peut mener qu’à une seule chose : l’échec.

Ras-le-bol donc de ses trop longs moments d’attentisme, passés à savoir comment sera perçu tel changement ou telle évolution. Faites-le !!!! recueillez les retours, adaptez dans l’instant, faites évoluer votre vision suivant ces informations et recommencez le cycle. Indéfiniment s’il le faut, mais je vous implore d’agir.

Je n’ai que trop vu des projets où l’on me posait une question, à laquelle j’avançais une réponse et étant sûr de mon fait le jour J. Bien évidemment mon avis avait totalement évolué entre ce jour et celui où il fallait passer à l’action. Cela est-il bénéfique ? Pas nécessairement, car comme tout le monde je n’ai pas la science infuse (vous pouvez même vous éviter de très grandes déconvenues).

Il est improductif de laisser passer le temps, trop miser sur la réflexion, voir attendre l’aval des X niveaux hiérarchiques (cela est spécialement le cas lorsque l’on parle de communication et/ou d’image). Car si avoir une vue d’ensemble est intéressant et essentiel, à trop vouloir tout contrôler vous perdrez donc l’avantage majeur qui prédomine aujourd’hui : la vitesse d’exécution, vecteur essentiel à toute source d’innovation.

Think big, act small, fail fast, learn rapidly

— Lean Software Development, Mary et Tom Poppendieck

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Le développeur, manutentionnaire du futur ?

On nous dit, et je le pense à raison, que nous allons de plus en plus manquer de développeurs. Plusieurs choses expliquent cela :

  1. La mouvance numérique qui, irrémédiablement, augmente mécaniquement la demande
  2. L’éducation qui peine à suivre (rapport à la demande trop importante), et va donc étalonner l’offre
  3. L’évolution de la fonction IT qui génère au bout du compte de plus en plus de services (principalement Cloud). Naîtra donc un besoin en développement et intégration de ces mêmes services
  4. La constance du besoin de développement d’applications métiers (multiplié par le point n°1)

Ceci étant dit, on cherchera rapidement à faire baisser la pression (et donc les coûts) de ce besoin. Et à répondre aux 4 points cités plus haut avec des réponses plus ou moins adaptées :

  1. Faire de plus en plus appel à des développeurs offshore ou nearshore, voir à des indépendants (locaux ou non)
  2. Former des non-informaticiens au développement (sans parler des écoles qui n’octroient pas de titre d’ingénieur, mais pondent du développeur à la chaîne), apprendre à coder devenant aussi essentiel que lire, écrire ou calculer
  3. Constater une dépréciation de plus en plus forte du métier de développeur. On devrait voir exploser deux tendances déjà existantes : celle d’une informatique de gestion de moins en moins technique ; et celle du paradigme de programmation fonctionnelle (dans lequel tous les geeks, les insatiables développeurs, devraient s’orienter)
  4. Renforcer la vampirisation du marché par les SSII. Seuls les indépendants devraient arriver, sous l’égide de ces mêmes SSII, à s’en tirer convenablement (l’avenir pour le « vrai » développeur, pourrait se trouver ici)

Certaines des réponses ci-dessus sont plus des constats que des réponses. Constat d’un ordre déjà établi, mais qui devrait s’intensifier.

On cela peut-il nous mener ? J’imagine que le développeur deviendra le manutentionnaire du 21e siècle. Une compétence de moins en moins rare, car de plus en plus demandée.

Un métier qui souffrira de l’évolution des technologies et qui se voudra de plus en plus n’être qu’un métier de petites mains, une nouvelle forme de travail à la chaîne, transformant des expertises en réflexes autoprogrammés  (une réalité du monde des intégrateurs).

Que vous le vouliez ou non, le numérique est votre cœur de métier

Les budgets informatiques explosent, autant que notre dépendance à l’IT se fait de plus en plus forte et que le volume de données échangé suit la même tendance. Mais malheureusement la loi de Moore ne peut pas s’appliquer aussi facilement aux budgets.

Je dis « malheureusement » car je reste pragmatique. Les entreprises, crise oblige, doivent trouver des moyens de devenir plus compétitif. Et quoi de mieux pour gagner un peu d’air que de s’attaquer à réaliser des coupes budgétaires. Le coupable idéal n’en fut que plus simple à trouver : l’informatique.

ROI

En même temps que la fonction IT évoluait, une pression de plus en plus forte retombait sur les épaules des DSI. Les dirigeants voulaient s’attaquer à la bête, fini le temps de la dépense non raisonnée (croyaient-ils …), le DSI doit se muer en « cost-killer ».

On demandait maintenant des comptes, du retour sur investissement. Et là aussi, erreur de casting, le ROI le plus direct fut de faire des économies sur le propre budget IT. Simple règle de calcul : si j’achète une solution 10 et que demain j’obtiens à peu près (notez bien le « à peu près ») la même chose pour 5, j’aurais effectivement réalisé une économie de 50%. Notez qu’on peut faire pire, à savoir s’asseoir sur ses acquis et partir du principe que la seule mission de la DSI soit de conserver le patrimoine péniblement créé ces derniers années (au diable l’innovation).

Plus vicieux, celui de déléguer le budget informatique aux directions métier. Le financier allait lui-même acquérir et payer pour sa solution comptable ; le DRH sa solution RH ; etc. Ces derniers étant maintenant assez murs pour utiliser un ordinateur, il devait en aller de même pour choisir le logiciel le plus apte à répondre à leurs besoins (notez bien que cela allait engendrer une complexité du SI … chose qui coûte).

Car une ligne budgétaire qui enfle de manière chronique (en l’occurrence celle des investissements et services informatiques), cela dérange …. surtout lorsque l’on ne voit pas trop à quoi cela peut servir (aurait-on touché du doigt le « vrai » sujet ?).

Mon métier à moi ? Je fais de l’informatique !

Cherchez bien, mais cherchez peu. Le scénario ci-dessus, même si le trait est volontairement forcé, vous décrit ce que je perçois ici et là comme un problème de fond.

PME/PMI, grandes entreprises, collectivités, organisations de toutes natures et tous domaines sont tous impactés par le numérique. Cette tendance va s’accentuer. Et pour ceux que cela dérange, comprenez bien que cela ne risque pas de s’inverser … tout particulièrement dans le tertiaire.

Chaque entreprise doit donc s’astreindre une stratégie numérique. Certains domaines fortement impactés comme la musique nous le prouve, vous n’êtes sans doute pas à l’abri de pâtir du numérique … ou de vous en servir. A vous de choisir l’option qui vous parait la plus opportune.

Comprenez bien que vous ne pouvez plus vous contenter de réaliser des économies de bouts de ficelles. Votre métier est, va ou sera bientôt révolutionné, abordant sa mouvance vers le numérique. Dans très peu de temps, nous devrions donc tous avoir le numérique comme cœur de métier.

L’évolution de la fonction IT

Je suis observateur attentif, travaillant au sein d’entreprises diverses et variées, de l’évolution des métiers de l’informatique.

Nous aurions pu parier, étant donné la dépendance de plus en plus forte de nos organisations à l’informatique, sur un renforcement d’un secteur et d’un ensemble de métiers associés, cela au sein même de nos entreprises. Malheureusement, et sans vouloir nous la faire à l’envers, la réalité est tout autre.

Nous avons en France la particularité d’avoir vu naître, certaines des plus grosses entreprises de services informatiques au monde. Plus qu’une tendance liée à l’éducation et la qualité de nos ingénieurs, elle est surtout celle d’une manière toute particulière que nous avions de consommer le numérique. Et la tendance voudrait que cette particularité se mondialise …

Paupérisation interne

Les sociétés de services en ingénierie informatique (SSII) ne sont pas nées d’une idée révolutionnaire. Mais celle de pouvoir, spécialement dans un pays où la flexibilité du travail est une utopie, s’en offrir un minimum.

Passé donc, la possibilité d’embaucher un ingénieur ou un développeur, il est de coutume de faire appel à des SSII pour s’offrir la mise à disposition d’une compétence ou d’un profil (notez que l’aspect humain est ici volontairement mis de côté) : en somme, un service.

Sans vouloir débattre de la nature même des SSII (je travaille pour celles-ci depuis mes débuts professionnels … je ne cracherais donc pas volontairement dans la soupe), une réalité rattrape tout paramètre lié au contexte français et européen : celle de vouloir externaliser et faire faire aux autres.

Fortement accéléré par l’émergence de nouvelles nations compétentes en la matière (on parle souvent des développeurs indiens), tout autant que la fonction informatique se trouve asséchée et transformée par une révolution telle que le Cloud Computing, ce besoin d’externalisation fait donc écho à une certaine paupérisation de la fonction IT en interne de ses mêmes entreprises clientes.

La mort du technicien

Cela reste d’ailleurs paradoxal (on a quand même l’habitude de dire qu’il est toujours plus simple de servir soi-même), car l’informatique étant devenue si axial et vital.

De plus, et j’en parlerais plus précisément dans un autre billet, l’évolution des budgets et la perception même de la valeur rendue par l’informatique évoluent également et poussent à consommer autrement.

Mais l’externalisation sous toutes ses formes à de cela de pratique qu’elle transforme un besoin technique, technologique, fonctionnel … en réalité purement contractuelle. Et cela s’applique aujourd’hui à l’intégralité du système d’information :

  • Développement
  • Support
  • Logiciels
  • Infrastructures
  • etc.

Ces métiers vont donc tout naturellement migrer vers fonctions organisationnelles, seules aptes à valider le calibrage des besoins métiers, spécialistes de l’urbanisation d’un système d’information maison de plus en plus externalisé et délégué.

La connaissance, la compétence, et d’une manière générale l’informatique, en s’externalisant de plus en plus, deviendra rapidement une facilité, une matière première pour laquelle toute technicité deviendra obsolète. Ne restera qu’à priori que deux types de profils d’informaticien :

  • Ceux qui produiront et intégreront des services
  • Ceux qui consommeront et mettent en conformité ces mêmes services

Et cela est paradoxal, dans un monde si empreint de technologie et où l’on ne cesse de nous répéter que l’informatique est et demeure une priorité aussi bien économique, que sociétale ou pédagogique.

De 2013 à 2014

S’il est encore temps de vous souhaiter une bonne année, il l’est également des bilans. Concernant ce blog, et aussi modeste soit-il, j’ai pu (principalement sur la période de janvier et septembre), vous gratifier de 35 articles.

Je considère ce blog comme une tribune ouverte, photographie de certains sujets d’intérêts et autres considérations du moment. J’ai d’ailleurs pris l’habitude de longuement et lentement développer certains d’entre eux, glanant ici et là certaines informations et autres inspirations, pratiquant l’art de la synthèse.

Quelques fois, mon instinct m’a aussi permis de laisser libre-cours à des billets plus spontanés, quand ces derniers n’étaient pour tout simplement des citations ou autres témoignages plus directs … Ainsi sur l’année écoulée voici les articles qui m’ont marqué tant dans leur conception, leur écriture, leur évolution. Deux sujets se dessinent clairement et devraient encore animer mon année 2014.

Poste de travail du futur

Depuis 2011, le Cloud occupe une partie non négligeable de mon activité professionnelle. De simple concept marketing, j’ai su le dompter pour me forger ma propre conception de l’émergence du phénomène.

Parallèlement à cela, notre usage de l’Internet mobile et les périphériques connectés modifient durablement notre rapport au numérique, portant un éclairage tout particulier sur les solutions SaaS et une IT legacy que l’on pourrait croire à la traîne. Deux mondes s’affrontent donc, et il est passionnant de s’essayer à imaginer ce que pourra rapidement devenir le poste de travail du futur.

La (difficile) quête menant vers l’intelligence collective

S’il est bien un constat que vous lirez ici et là à propos de l’Entreprise 2.0 / Social Business c’est bel et bien celui d’un atterrissage assez brutal. Eh oui … faire des plans sur la comète et parier sur des théories n’ont rien à voir avec une réelle transformation profonde d’une organisation. Certains le prouvent (l’exemple de VALVE en est un).

Vous remarquerez également que  ce qui a longtemps occupé les esprits sur 2013 était l’engagement des collaborateurs, qui était de mon point de vue plus un sujet de 2012 (sur lequel je m’étais durablement penché sur la problématique des dérèglements du travail). Concept à l’opposé des désirs de certains (principalement nos amis éditeurs), l’engagement est automatiquement associé à l’outil … plus qu’à la culture d’entreprise.

En cela je considère que l’outil n’a aucun intérêt que celui qu’on lui apporte réellement. En cela, les RSE peuvent rapidement devenir des geôles s’ils ne s’ouvrent pas au Web (cf. le poste de travail du futur), et s’il ne s’inscrire pas dans un contexte qui permet à l’intégralité des parties prenantes de l’entreprise d’y embarquer (faisant indirectement référence à Metcalfe ?).

 2014

Résumons :

  • Si 2012 m’a amené à m’intéresser, comme je l’indiquais plus haut, aux dérèglements du travail et à la productivité personnelle.
  • Si 2013 me permit de creuser le sujet du poste de travail du futur et celui de l’Entreprise 2.0 / Social Business.
  • De quoi sera fait 2014 ?

Et bien voici, au confluent de mes intérêts, une représentation de ce que cela pourrait schématiquement donner.

L’heure devrait donc être à l’intégration et au développement d’une stratégie ainsi qu’une culture d’entreprise numérique. Vaste sujet !

Le jour où j’ai décidé de désinstaller Microsoft Office

Dans 100% des nombreuses entreprises et organisations pour lesquelles j’ai opéré, l’intégralité de la collaboration bureautique tournait autour du seul Microsoft Office. Plus qu’un logiciel érigé en standard, j’ai toujours été étonné de voir la relative fébrilité que pouvait susciter autour de moi la remise en cause de cet « étalon ». Émettre la simple hypothèse de l’abandon du logiciel permettant aujourd’hui de réaliser la quasi-totalité des opérations de nombreuses entreprises est souvent rapidement balayée. Nous parlons tout de même d’1 milliard d’utilisateurs.

Office-dépendance

Car ce qui me fascine reste notre addiction au document, plus qu’au logiciel en lui-même. Pourquoi créer un document Word ? Une présentation PowerPoint ? Un tableur Excel ?

Les documents abstraits (cahier des charges, spécifications…) créent une illusion d’accord qui repose sur une interprétation

  • Rework, Jason Fried et David Heinemeier Hanson, 37Signals

Une note ne suffirait-elle pas ? Voir l’utilisation d’un logiciel plus adapté au besoin ? Prenez l’exemple de Basecamp ou Jive qui, s’ils permettent de stocker vos fichiers, vous permettent de créer un fichier texte en ligne. Car sans remettre totalement l’utilisation d’un réel traitement de texte (lorsque le besoin s’en fait ressentir), qu’est-ce qu’un fichier si ce n’est une version portative d’un texte ?

Portative oui, mais autonome. La différence ? Une intelligence que le document classique ne peut intégrer, à savoir la collaboration / l’intelligence collective mais surtout un non-attachement au totem que représente le fichier. La plateforme le remplace, et devinez quoi, ce n’est finalement pas plus mal.

Supprimer Office ?

Mais la question n’est pas de savoir si le fichier a, ou non, son utilité. Il peut tout à fait sembler logique de travailler via fichiers, de créer des documents et d’utiliser Microsoft Office. Bien heureusement ! Je voulais surtout me confronter à contredire la règle non-dite du standard auto-proclamé qu’est Microsoft Office. Pouvais-je réellement me passer de l’utiliser ?

Et bien cela fait un peu plus d’1 an et demi que j’ai désinstallé Microsoft Office.  Et s’il vous faudra minimum trois mois, de mon point de vue, pour pouvoir s’astreindre à un tel changement, première nouvelle, Microsoft Office ne m’a pas manqué plus que cela. Signe que s’en passer est possible. J’ai bien évidemment dû le remplacer, m’astreindre à certains palliatifs et devoir pleurer certains détails / fonctionnalités. J’avais finalement réussi à me libérer  du dictat qu’il m’imposait …

Mais le changement personnel que l’exercice allait induire n’était finalement rien en comparaison de la gestion de l’obstacle numéro 1 à affronter : clients, collègues, collaborateurs, partenaires, proches, etc.

La standardisation

Et oui messieurs les responsables et autres DSI. Ne croyez pas que le principal défaut des solutions palliatives est de n’être pas aussi qualitativement bon que Microsoft Office (et que vos utilisateurs méritent bien une telle dépense). C’est un fait, mais un détail s’il on garde à l’esprit que nous n’utilisons en moyenne que moins de 5 à 10% des fonctions proposées par une suite logicielle de ce type.

Non, ce qui est bloquant est son universalité : Office souffre du même mal qu’Internet Explorer en son temps : il est devenu un standard. Ne tentez pas des pilotes restreints à quelques utilisateurs car vous serez rapidement bloqués par des soucis de compatibilité entre population. Ne vous focalisez pas sur de simples fonctions car vous aurez rapidement l’impression de tourner en rond. Prenez l’exemple de la la ville de Munich, qui a brillamment finalisé son projet de migration de ses 15.000 utilisateurs vers Linux et OpenOffice.

Pour ma part, j’ai choisi non pas de privilégier ma propre expérience de la bureautique, mais me payer le luxe d’être au niveau de mes collègues et de réinstaller ce bon vieux Microsoft Office. Car si je n’ai pas totalement réussi à me passer d’Office, j’en ai réduit son utilisation au maximum.

Retour d’expérience d’un MOOC français

Le MOOC est à la mode et est, à ce qu’on en dit, la révolution qui va bouger les lignes de l’éducation. Les grandes écoles s’y mettent, d’autres acteurs s’y sont déjà mis, tout est à faire. Et faut-il d’ailleurs encore appeler les participants d’un cours en ligne, un étudiant ? Certains se posent la question, car nous sommes encore attachés à l’image que nous pourrions avoir des études, du diplôme, etc. Un pan entier de notre économie reposerait donc sur des croyances anciennes qui ne demandent qu’à voler en éclat ? Qu’à cela ne tienne.

Le sachant, à quoi qu’il arrive la primeur du système, qu’il soit diplômé, autoapprenant ou autre. Les projets Open Source ont d’ores et déjà prouvé qu’il convenait plus de participer, d’échanger, de discuter que de n’agiter un papier obtenu à grands coups de dollars … car les études, cela coûte malheureusement encore trop cher. Et nous avons encore trop l’habitude de voir des entreprises fonctionnant encore sur une conception erronée de l’apprentissage.

En cela Internet dégomme l’intégralité des ressources qui, payantes et limitées, deviennent gratuites et abondantes. Hier la musique, aujourd’hui l’enseignement. La connaissance passe aujourd’hui à la surmultipliée. Les MOOC, ces cours en ligne mélangeant apprentissage, expérience, pratique, lucidité, etc. vont-ils s’imposer comme la pépinière de talents futurs ?

Cours ouverts

J’avais déjà croisé le chemin du « Site du Zéro », site communautaire d’entraide et d’apprentissage. Même si souvent peu considéré des « experts », ce site avait la vocation de regrouper une manne non négligeable de ressources françaises, chose rare dans le milieu de l’IT. Aujourd’hui le site a évolué, pour devenir OpenClassRooms. Universelles, la dénomination et l’ambition du site sont posées.

Comprenons bien que dans le monde de l’apprentissage il n’est peut-être pas acceptable de ne limiter ses ressources à la seule pratique de l’informatique. Trop geek, trop axé tutoriels, il est nécessaire d’étendre sa sphère d’influence à d’autres thématiques, à d’autres disciplines. Dès lors peut-être verrons-nous OpenClassRooms s’associer à des écoles « prestigieuses », et s’acheter une légitimité (à l’image d’un Coursera) qui sera quoiqu’il arrive nécessaire pour atteindre le statut qu’ils espèrent atteindre dans notre bonne vieille France (cela de l’encyclopédie, de l’académie …).

Cours massifs

Dans la foulée, OpenClassRooms lance en fanfare son premier MOOC. Bien évidemment cela traite d’IT, et plus particulièrement de HTML5 et CSS3. Mes premiers émois dans le domaine datent presque de 15 ans. La découverte du Web, construire ses propres sites, en cherchant de-ci de-là la manière appropriée de concevoir une expérience agréable. Tout cela m’a amené à faire de HTML et CSS des outils du quotidien, plus que des langages à part entière … ou comment dissocier une langue morte, d’une langue vivante.

Tenté par l’aventure et attiré par l’aspect pédagogique, j’ai suivi la voie empruntée par plusieurs milliers d’étudiants. Un record pour un MOOC français … une première peut-on dire ? Comment cela se s’est-il passé ? Pendant 5 semaines, Mathieu Nebra, fondateur du site nous gratifia de plusieurs vidéos d’une 15 de minutes. Chaque aspect est précisément introduit et expliqué. Le ton est clair, Mathieu est un passionné et fin pédagogue. Je m’amuse à réapprendre, à suivre la construction du cours.

Chaque semaine, nous sommes livrés à un QCM pour tester notre compréhension des éléments abordés. Le MOOC nous force à revenir sur certains détails, l’effet est assuré.  Puis arrive la cinquième semaine du MOOC, véritable initiation à la conception Web. L’exercice final nous pousse au questionnement, nous donne quelques petits challenges (tout du moins pour ma part … car j’imagine que pour le néophyte, la complexité toute relative du travail à effectuer peut rebuter). D’ailleurs, vous trouverez une copie de mon corrigé sur Gist.

Reste la pierre angulaire du cours : la correction. Les étudiants doivent chacun évaluer certains de ses pairs. Nécessité ou pirouette nécessaire à l’aspect « massif » du cours, car comment peut-on, autrement, évaluer des milliers d’étudiants dans un cours laps de temps ? Ce travail d’évaluation pousse à la réflexion, à l’introspection, à comparer ses idées à celles des autres et les conforter. Plus que l’aspect notation, passé le répressif, cet exercice final est le véritable enjeu des MOOC. Poussant des valeurs différentes du système éducatif classique, et allant au-delà de la simple mise à disposition d’un cours de manière ludique et technologique, il y a dans cette étape finale une promesse d’avenir et d’envergure.

Quelle reconnaissance ?

Résultat des courses, une note … et un badge (sic!). Maigre consolation ou triste réalité des choses ? Car il y a derrière cette notion de gratuité des modèles à inventer. Non pas pédagogiques cette fois-ci, mais financiers. La carotte était l’abonnement au site et la gratuité d’une « certification » professionnelle.

Reste que l’on ne pourra pas renier l’accès à la connaissance, et la formidable expérience suivie par quelques milliers d’étudiants. Des vrais cette fois, car l’étudiant, celui qui « s’applique à apprendre quelque chose », n’a lui pas chômé dans cet exercice. On ne pourra donc, dès aujourd’hui, que pointer du doigt le diplôme, le certificat. Le parti pris officieux des MOOC ainsi que leur émergence trop récente à cela qu’ils ne sont pas reconnus par le monde académique ni par les entreprises. Et Web oblige, rien n’atteste  non plus que vous êtes bien celui derrière le profil ayant finalisé le MOOC.

Bref, nous devrions rapidement voir le phénomène muter et un écosystème se créer. Le web fera son office, comme il l’a déjà fait dans de très nombreux domaines. Une belle promesse d’avenir pour le monde de l’enseignement, pour l’intelligence collective et notre civilisation.