Dysfonctionnements du travail et Social Business

Je suis dernièrement retombé sur un livre que j’avais lu il y a de cela quelques années : « Souffrance en France » de Christophe Dejours, spécialiste des psychopathologies et de la psychodynamique du travail. Ci-dessous un extrait du quatrième de couverture de l’ouvrage :

Les Français souffrent et ne le disent pas (…) Comment parvenons-nous à accepter sans protester des contraintes de travail toujours plus dures, dont nous savons pourtant qu’elles mettent en danger notre intégrité mentale et psychique ? Christophe Dejours (…) révèle comment, pour pouvoir endurer la souffrance sans perdre la raison, on se protège. (…) il met au jour le processus qui fonctionne comme un piège. Alors la souffrance devient pensable. Et l’injustice sociale banalisée…

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Même si le rapport est loin d’être évident, je me plais à lier cet ouvrage et les réflexions de Dejours à mon activité quotidienne, et plus particulièrement le Social Business. Vous trouverez ci-dessous mes modestes remarques, que j’espère assez intelligibles.

Travail, du latin « tripaliare » signifiant « tourmenter, torturer avec le trepalium »

Toute tâche constitutive de ce que l’on appellera « travail », nécessite une action humaine. Si nos aînés auraient pu croire que la technologie pouvait nous faciliter le travail (automatisant au maximum nos actions), nous nous apercevons au quotidien que nous croulons tous plus ou moins sous le travail. Est-ce si étonnant ?

Premièrement, il est bon de rappeler que le travail est par nature imparfait. Le travail nait de nos actions au quotidien et la résistance naturelle du monde qui nous entoure. Pour maîtriser et apprendre notre travail nous devons donc avant tout connaître l’échec. Plus encore, le travail est impalpable, invisible. Rien ne caractérise ou matérialise le travail, tout au plus nous pouvons constater le résultat de notre travail.

En cela il est plutôt gênant d’aborder les notions de qualité totale qui sévissent dans certaines entreprises. Les employés doivent-il donc être performant à l’échec ? à l’immatériel ? Nos entreprises usent et abusent de systèmes de notations permettant d’évaluer leurs employés. Comment peut-on juger de quelque chose qui n’est pas ? Au mieux nous jugerons donc des résultats, qui s’avéreront eux-aussi imparfait : le meilleur commercial au monde est-il celui qui rapporte le plus d’affaires ? le plus d’argent ? aucun des deux ? Les exemples ne manquent pas.

Il advient donc de regarder les dysfonctionnements du travail et les pathologies qui en découlent d’un autre œil. Car comment des ingénieurs passionnés peuvent-ils en arriver à ce suicider sur leur lieu de travail ?

Les raisons sont à trouver de l’évaluation individualisée du travail, source de frustration, de solitude, de méfiance et autres coups bas. La pression du management et les décennies allant, les modes managériaux ont transformés nos entreprises en machine à produire … tout en oubliant que les employés étaient avant tout humains.

Collaborer du latin « collaborare » : con (« avec ») et laborare (« travailler », « labourer »)

En quoi, finalement, cela peut-il avoir un rapport avec le Social Business ?

Considérons que ce soit la remise à plat d’une entreprise, alignant culture et business tout en prônant des valeurs de partage, de transparence et d’agilité. À cela le Social Business peut donc se révéler être l’antithèse de ces organisations et leurs méthodes managériales dévastatrices.

Malheureusement cela nous montre tout le chemin qu’il nous reste à accomplir pour permettre de faire évoluer les entreprises. Il est fort à parier que les craintes du top/middle management, tant décrié et impacté par les valeurs inhérentes au projets d’organisations « 2.0 » , trouvent leurs raisons dans ces quelques lignes.

Une remise en question, même dans l’espoir de valeurs plus justes, ne pèse peut être pas grand chose en rapport à la perte d’un hypothétique pouvoir sur leurs congénères. Mais malgré tout, les sirènes du Social Business et les résultats qu’ils promettent amèneront peut être (et je l’espère) de plus en plus de nos entreprises à évoluer et faire du travail ce qu’il doit avant tout être : collaboratif.