Le jour où j’ai décidé de désinstaller Microsoft Office

Dans 100% des nombreuses entreprises et organisations pour lesquelles j’ai opéré, l’intégralité de la collaboration bureautique tournait autour du seul Microsoft Office. Plus qu’un logiciel érigé en standard, j’ai toujours été étonné de voir la relative fébrilité que pouvait susciter autour de moi la remise en cause de cet « étalon ». Émettre la simple hypothèse de l’abandon du logiciel permettant aujourd’hui de réaliser la quasi-totalité des opérations de nombreuses entreprises est souvent rapidement balayée. Nous parlons tout de même d’1 milliard d’utilisateurs.

Office-dépendance

Car ce qui me fascine reste notre addiction au document, plus qu’au logiciel en lui-même. Pourquoi créer un document Word ? Une présentation PowerPoint ? Un tableur Excel ?

Les documents abstraits (cahier des charges, spécifications…) créent une illusion d’accord qui repose sur une interprétation

  • Rework, Jason Fried et David Heinemeier Hanson, 37Signals

Une note ne suffirait-elle pas ? Voir l’utilisation d’un logiciel plus adapté au besoin ? Prenez l’exemple de Basecamp ou Jive qui, s’ils permettent de stocker vos fichiers, vous permettent de créer un fichier texte en ligne. Car sans remettre totalement l’utilisation d’un réel traitement de texte (lorsque le besoin s’en fait ressentir), qu’est-ce qu’un fichier si ce n’est une version portative d’un texte ?

Portative oui, mais autonome. La différence ? Une intelligence que le document classique ne peut intégrer, à savoir la collaboration / l’intelligence collective mais surtout un non-attachement au totem que représente le fichier. La plateforme le remplace, et devinez quoi, ce n’est finalement pas plus mal.

Supprimer Office ?

Mais la question n’est pas de savoir si le fichier a, ou non, son utilité. Il peut tout à fait sembler logique de travailler via fichiers, de créer des documents et d’utiliser Microsoft Office. Bien heureusement ! Je voulais surtout me confronter à contredire la règle non-dite du standard auto-proclamé qu’est Microsoft Office. Pouvais-je réellement me passer de l’utiliser ?

Et bien cela fait un peu plus d’1 an et demi que j’ai désinstallé Microsoft Office.  Et s’il vous faudra minimum trois mois, de mon point de vue, pour pouvoir s’astreindre à un tel changement, première nouvelle, Microsoft Office ne m’a pas manqué plus que cela. Signe que s’en passer est possible. J’ai bien évidemment dû le remplacer, m’astreindre à certains palliatifs et devoir pleurer certains détails / fonctionnalités. J’avais finalement réussi à me libérer  du dictat qu’il m’imposait …

Mais le changement personnel que l’exercice allait induire n’était finalement rien en comparaison de la gestion de l’obstacle numéro 1 à affronter : clients, collègues, collaborateurs, partenaires, proches, etc.

La standardisation

Et oui messieurs les responsables et autres DSI. Ne croyez pas que le principal défaut des solutions palliatives est de n’être pas aussi qualitativement bon que Microsoft Office (et que vos utilisateurs méritent bien une telle dépense). C’est un fait, mais un détail s’il on garde à l’esprit que nous n’utilisons en moyenne que moins de 5 à 10% des fonctions proposées par une suite logicielle de ce type.

Non, ce qui est bloquant est son universalité : Office souffre du même mal qu’Internet Explorer en son temps : il est devenu un standard. Ne tentez pas des pilotes restreints à quelques utilisateurs car vous serez rapidement bloqués par des soucis de compatibilité entre population. Ne vous focalisez pas sur de simples fonctions car vous aurez rapidement l’impression de tourner en rond. Prenez l’exemple de la la ville de Munich, qui a brillamment finalisé son projet de migration de ses 15.000 utilisateurs vers Linux et OpenOffice.

Pour ma part, j’ai choisi non pas de privilégier ma propre expérience de la bureautique, mais me payer le luxe d’être au niveau de mes collègues et de réinstaller ce bon vieux Microsoft Office. Car si je n’ai pas totalement réussi à me passer d’Office, j’en ai réduit son utilisation au maximum.

  • olivierleteneur

    Commentaire effacé quand je me suis connecté. Pas grave, je reprends.

    J’ai fait l’expérience avec mes enfants et certains amis de ne jamais passer par des outils WintelOffice. Exemple concret : le rapport de stage de ma fille de 14 ans. Elle est dans un collège qui fait l’expérience des tablettes (iPad). Malheureusement les restrictions sont telles (surtout avec Google) qu’elle a dû prendre son ordi portable sous Linux. Premier réflexe : « j’utilise quoi pour écrire mon rapport ? ». Réponse immédiate : « tu te connectes sur Google avec ton compte et tu vas dans le Drive et tu crées un document ». Sans autre explication j’ai attendu qu’elle me dise ok c’est lancé. Ce qu’elle a fait sans autre question au bout de quelques minutes.
    Quelques temps plus tard je lui demande où elle en est. Dès qu’il est prêt, elle me propose de l’imprimer ou de me l’envoyer par email.
    « Pour quoi faire ? Tu le partages depuis ton document ou depuis le Drive en cochant le document. » Pas plus d’explication. Quelques instants plus tard elle vient s’asseoir à mes côtés pour que l’on regarde ensemble son rapport. Depuis ma tablette j’ouvre l’email de notification, je clique sur le lien et je lis le document que j’annote de commentaires au fur et à mesure de la lecture.
    Elle corrige, puis n’a plus que l’envoyer par email via son compte Gmail.

    Et Office dans tout ça ? Et les images ? Et la mise en page ? Et la correction d’orthographe ?
    Tout cela est intégré dans l’outil mis à disposition gratuitement par Google.

    « Oui mais Google exploite tes faits et gestes quand tu utilises ses logiciels pour en revendre les statistiques à des entreprise » ; ou encore « oui mais du coup n’importe qui peut le lire, il n’y a plus de vie privée ».
    Quand j’ai accepté d’utiliser les outils de Google, j’ai accepté les conditions. J’assume.
    La vie privée ? Faites une recherche et dites moi si vous trouvez le rapport de stage de ma fille. Moi je n’y suis pas arrivé en connexion anonyme via le moteur Google.
    Quelle objection reste-il-alors ?
    La pérennité du produit ? Office 95 est-il toujours supporté ? Aussi bien que LibreOffice ?

    Oui je manie l’ironie avec facilité, mais pour en revenir avec le sujet abordé avec recul et expérience par Alexis, je dirais que comme toujours, mon problème avec les nouvelles habitudes, c’est les autres.
    Cela fait 5 ans que je suis passé sous Linux sans aucun regret. Cela fait plus de 3 ans que je n’écris plus autre chose que des rapports circonstanciés dans des emails, donc courts et simples. Il m’arrive encore d’utiliser LibreOffice en premier réflexe, mais je corrige très vite ce défaut en mettant les documents sur mon Google Drive. Ainsi je dispose où je veux et quand je veux des documents pour les relire et corriger, les améliorer.
    Quand j’ai besoin de transmettre un document à quelqu’un par email, parce qu’il n’a pas de compte Google pour le lui partager, je lui envoie sous format PDF ou au pire je l’envoie en format « ouvert » MSOffice.

    Je n’ai pas eu à ce jour de retour sur le contenu, et très très rarement sur la forme du contenu. Car au final, ce qui compte, c’est justement le contenu.

    Je ne reviendrais pas sur PowerPoint, l’application la plus inutile qui soit à mes yeux. Si vous voulez que vos interlocuteurs vous écoute et soient convaincus, évitez PowerPoint et parlez leur dans les yeux, vous serez surpris de voir à quel point ils deviennent soudain attentifs.

  • Vilain Mamuth

    Tout est dans l’interopérabilité. Office est de facto « obligatoire » dès que des documents s’échangent avec des partenaires extérieur car non interopérable, même si Office 2010 s’est mis à l’ODF, ce n’est pas le format privilégié.
    Nos clients sont des gros groupes, avec plusieurs centaines d’utilisateurs, et parfois des services infos dans un autre pays. Impossible, dès lors, de changer voire simplement d’orienter ces interlocuteurs vers d’autres solutions (habitudes, sécurité, …). Résultat, on réinstalle de l’Office pour « faciliter » la vie de nos utilisateurs 🙁

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