Retour d’expérience d’un MOOC français

Le MOOC est à la mode et est, à ce qu’on en dit, la révolution qui va bouger les lignes de l’éducation. Les grandes écoles s’y mettent, d’autres acteurs s’y sont déjà mis, tout est à faire. Et faut-il d’ailleurs encore appeler les participants d’un cours en ligne, un étudiant ? Certains se posent la question, car nous sommes encore attachés à l’image que nous pourrions avoir des études, du diplôme, etc. Un pan entier de notre économie reposerait donc sur des croyances anciennes qui ne demandent qu’à voler en éclat ? Qu’à cela ne tienne.

Le sachant, à quoi qu’il arrive la primeur du système, qu’il soit diplômé, autoapprenant ou autre. Les projets Open Source ont d’ores et déjà prouvé qu’il convenait plus de participer, d’échanger, de discuter que de n’agiter un papier obtenu à grands coups de dollars … car les études, cela coûte malheureusement encore trop cher. Et nous avons encore trop l’habitude de voir des entreprises fonctionnant encore sur une conception erronée de l’apprentissage.

En cela Internet dégomme l’intégralité des ressources qui, payantes et limitées, deviennent gratuites et abondantes. Hier la musique, aujourd’hui l’enseignement. La connaissance passe aujourd’hui à la surmultipliée. Les MOOC, ces cours en ligne mélangeant apprentissage, expérience, pratique, lucidité, etc. vont-ils s’imposer comme la pépinière de talents futurs ?

Cours ouverts

J’avais déjà croisé le chemin du « Site du Zéro », site communautaire d’entraide et d’apprentissage. Même si souvent peu considéré des « experts », ce site avait la vocation de regrouper une manne non négligeable de ressources françaises, chose rare dans le milieu de l’IT. Aujourd’hui le site a évolué, pour devenir OpenClassRooms. Universelles, la dénomination et l’ambition du site sont posées.

Comprenons bien que dans le monde de l’apprentissage il n’est peut-être pas acceptable de ne limiter ses ressources à la seule pratique de l’informatique. Trop geek, trop axé tutoriels, il est nécessaire d’étendre sa sphère d’influence à d’autres thématiques, à d’autres disciplines. Dès lors peut-être verrons-nous OpenClassRooms s’associer à des écoles « prestigieuses », et s’acheter une légitimité (à l’image d’un Coursera) qui sera quoiqu’il arrive nécessaire pour atteindre le statut qu’ils espèrent atteindre dans notre bonne vieille France (cela de l’encyclopédie, de l’académie …).

Cours massifs

Dans la foulée, OpenClassRooms lance en fanfare son premier MOOC. Bien évidemment cela traite d’IT, et plus particulièrement de HTML5 et CSS3. Mes premiers émois dans le domaine datent presque de 15 ans. La découverte du Web, construire ses propres sites, en cherchant de-ci de-là la manière appropriée de concevoir une expérience agréable. Tout cela m’a amené à faire de HTML et CSS des outils du quotidien, plus que des langages à part entière … ou comment dissocier une langue morte, d’une langue vivante.

Tenté par l’aventure et attiré par l’aspect pédagogique, j’ai suivi la voie empruntée par plusieurs milliers d’étudiants. Un record pour un MOOC français … une première peut-on dire ? Comment cela se s’est-il passé ? Pendant 5 semaines, Mathieu Nebra, fondateur du site nous gratifia de plusieurs vidéos d’une 15 de minutes. Chaque aspect est précisément introduit et expliqué. Le ton est clair, Mathieu est un passionné et fin pédagogue. Je m’amuse à réapprendre, à suivre la construction du cours.

Chaque semaine, nous sommes livrés à un QCM pour tester notre compréhension des éléments abordés. Le MOOC nous force à revenir sur certains détails, l’effet est assuré.  Puis arrive la cinquième semaine du MOOC, véritable initiation à la conception Web. L’exercice final nous pousse au questionnement, nous donne quelques petits challenges (tout du moins pour ma part … car j’imagine que pour le néophyte, la complexité toute relative du travail à effectuer peut rebuter). D’ailleurs, vous trouverez une copie de mon corrigé sur Gist.

Reste la pierre angulaire du cours : la correction. Les étudiants doivent chacun évaluer certains de ses pairs. Nécessité ou pirouette nécessaire à l’aspect « massif » du cours, car comment peut-on, autrement, évaluer des milliers d’étudiants dans un cours laps de temps ? Ce travail d’évaluation pousse à la réflexion, à l’introspection, à comparer ses idées à celles des autres et les conforter. Plus que l’aspect notation, passé le répressif, cet exercice final est le véritable enjeu des MOOC. Poussant des valeurs différentes du système éducatif classique, et allant au-delà de la simple mise à disposition d’un cours de manière ludique et technologique, il y a dans cette étape finale une promesse d’avenir et d’envergure.

Quelle reconnaissance ?

Résultat des courses, une note … et un badge (sic!). Maigre consolation ou triste réalité des choses ? Car il y a derrière cette notion de gratuité des modèles à inventer. Non pas pédagogiques cette fois-ci, mais financiers. La carotte était l’abonnement au site et la gratuité d’une « certification » professionnelle.

Reste que l’on ne pourra pas renier l’accès à la connaissance, et la formidable expérience suivie par quelques milliers d’étudiants. Des vrais cette fois, car l’étudiant, celui qui « s’applique à apprendre quelque chose », n’a lui pas chômé dans cet exercice. On ne pourra donc, dès aujourd’hui, que pointer du doigt le diplôme, le certificat. Le parti pris officieux des MOOC ainsi que leur émergence trop récente à cela qu’ils ne sont pas reconnus par le monde académique ni par les entreprises. Et Web oblige, rien n’atteste  non plus que vous êtes bien celui derrière le profil ayant finalisé le MOOC.

Bref, nous devrions rapidement voir le phénomène muter et un écosystème se créer. Le web fera son office, comme il l’a déjà fait dans de très nombreux domaines. Une belle promesse d’avenir pour le monde de l’enseignement, pour l’intelligence collective et notre civilisation.