Un ère d’abondance

Seconde incartade faisant suite à ma lecture de Free! de Chris Anderson publié certes en 2009, mais qui me parait toujours autant d’actualité. Le concept de gratuité qu’il décrit, et plus particulièrement celle ayant trait à l’informatique, est aujourd’hui une réalité qui pousse de nombreuses industries à tendre vers un modèle hybride mêlant rareté et abondance.

Le tableau ci-dessous illustre cela excellemment. Et, ce qui me frappe, c’est que l’on pourrait tout à fait remplacer la notion Rareté/Abondance par Ordre/Chaos, ou bien Entreprise 1.0/Entreprise 2.0.

Free Chris Anderson Rareté Abondance

Le modèle initié par le Web, l’émergence de l’ère informationnelle, nous pousse à reconsidérer nos anciennes ressources motrices, telles que le pétrole. Aujourd’hui, la matière grise est notre ressource première. L’abondance de cette dernière, l’infinité de combinaisons qu’elle suscite, permet aujourd’hui d’aller au-delà des limites que nous nous étions fixées.

Les NBIC peuvent être une de ces applications. Au carrefour des Biotechnologies, des Nanotechnologies, de l’Informatique et des sciences Cognitives, elles seront peut-être la prochaine application de l’ère d’abondance dans laquelle nous entrons.

Et si nous nous mettions à rêver d’immortalité ?

Loi de Moore = Cloud Computing

Vous connaissez sans doute la fameuse Loi de Moore, conditionnant l’évolution constante du marché du silicium et des microprocesseurs. Sans remettre en cause la vérité du concept ou bien encore se poser la question de son exactitude à terme, force est de constater que les lois empiriques décrites par Moore nous offrent un éclairage plus qu’intéressant sur le Cloud Computing.

Loi de moore

 

Comprenez bien que nous sommes aujourd’hui, comme l’écrit Chris Anderson dans Free !, dans une ère d’abondance. Les ressources informatiques (fondements du Cloud Computing) que sont la bande passante, le stockage et la puissance de calcul doublent leurs limites tous les 18 mois pour un prix deux fois moins élevé.

Prenez l’exemple d’un Google. Lorsque le géant de la recherche créé un nouveau data center, celui-ci se trouve être deux fois moins cher et deux fois plus puissant qu’un de ceux qu’il avait créés 18 mois plus tôt.

Une industrie d’abondance

De quoi répondre à la demande croissante de ressources informatiques, mais surtout d’accroitre les revenus d’un marché toujours plus en expansion et d’en réduire de plus en plus le prix d’acquisition pour les clients. Et nous allons de plus en plus tendre vers l’infini et le zéro.

Regardez es tarifications d’un Amazon Web Services. Ils se sont permis de les baisser 23 fois depuis 2006, annonçant même 25% de réduction sur leur offre de stockage S3 en novembre dernier …. et la tendance devrait continuer, encore et encore. Historiquement, l’offre d’Amazon est issue du gaspillage que permet l’abondance : que faire de ses ressources informatiques inutilisées, si ce n’est les revendre à son voisin ? Et la firme de Bezos est allée encore plus loin dans le concept en recyclant les instances inutilisées sous forme d’enchères, grâce à son offre Spot Instances.

Car finalement, le Cloud Computing est une démarche qui outre ses spécificités techniques, rend accessible à n’importe qui ces ressources abondantes et quasi infinies.

Le cas de la messagerie est étonnant de vérité. Qui payerait encore pour avoir une boite mail personnelle ? Personne ! La question que l’on pourrait donc se poser est de savoir combien de temps payerons-nous encore nos boites mails professionnelles ? Reste à attendre une entreprise qui le proposera et redéfinira le marché, en trouvant un business model qui puisse, à l’image de ce que réalise Google avec son placement de publicité, permettre de proposer gratuitement des outils aujourd’hui payants. Les ventes actuelles ne s’appuient que sur la volonté des entreprises de s’assurer d’un service contractuel professionnel et appuyé par une démarche différente que celle proposée au grand public. Le verrou ne demande donc qu’à voler en éclats.

Où va-t-on, donc ? L’abondance promet un Cloud toujours plus puissant et moins cher, et devrait réaliser la vision de Nicholas Carr dans The Big Switch, qui comparait l’informatique à l’électricité. Vous risquez donc bien avant de pouvoir souffler, voir cette grande idée se réaliser et vous affranchir de l’informatique comme d’une ressource ne nécessitant plus qu’un bouton On/Off pour pouvoir alimenter vos idées.

Just as the last century’s electric utilities spurred the development of thousands of new consumer appliances and services, so the new computing utilities will shake up many markets and open myriad opportunities for innovation. Harnessing the power of the computing grid may be the great enterprise of the twenty-first century.