Google aux grandes manœuvres ?

Le Google I/O 2013 débute demain, mercredi 15 mai, et devrait -je l’imagine- tenir toutes ses promesses. Mais rassurons-nous, la folie créative de Google a ses limites.

Qui n’a jamais utilisé au moins une fois un produit estampillé Google ? Android, YouTube, Chrome, Maps, etc. autant de services ou produits qui ont fait le succès du géant de la recherche. Mais l’heure du foisonnement créatif annonce en toute logique une période de mise au placard. Échecs critiques ou réussites commerciales, la courte histoire d’une entreprise n’ayant pas même 20 ans force le respect et nous incite à prendre du recul.

Même quand un produit comme Google Reader s’ajoute au cimetière du dieu Google, il n’y a pas lieu de chipoter sur la place qu’une seule entreprise a pu avoir dans l’émergence et l’adoption d’un Web toujours plus intégré à nos vies. Dès lors, le ménage initié par Larry Page depuis sa (re)prise de pouvoir, démontre une radicalisation que certains regrettent, mais qui nous rappelle à la dure réalité : Google est avant tout une entreprise capitalistique.

Car si l’innovation est la force motrice de l’ancienne start-up, elle ne doit pas se faire au détriment du business et d’une vision globale. Et c’est à ce carrefour que nous nous trouvons. Google ayant, il me semble, lancé les grands œuvres d’un plan arrivant aujourd’hui à maturité.

Ergonomie, unification, adoption

Première étape, l’expérience utilisateur. Dans un esprit logique, la refonte graphique très épurée unifie désormais la quasi-totalité des produits estampillés Google. Ensuite … vient l’intégration !

Un des derniers exemples en date, les adaptations du moteur de recherche qui intègre des résultats liés à Google+ ou encore des tentatives de refonte du bandeau supérieur nous faisant diablement penser à Chrome OS. Plus complexe est l’unification des services de messagerie instantané / web-conférence / SMS sous un même produit (Babel ?) qui devrait rapidement pointer le bout de son nez, voir la disparition de Picasa au profit de la section photo de Google+.

Les exemples récents sont légion.

google-search

Reprenons l’exemple de Google Reader. Que n’a t’ont pas lu à ce sujet. La data (et indirectement la publicité) étant au centre du business de Google, son apparition dans la sphère sociale via son réseau Google+ semble nous rappeler que ce nouvel or noir se cache au cœur des interactions humaines. Ceux qui pleurent l’abandon d’un produit aussi efficace que Google Reader (et qui avait en son temps, tué la concurrence) oublient que sa disparition au profit du réseau social avait déjà commencée en amont. Google fait donc la part belle à la curation, en lieu et place d’un RSS qu’il n’a jamais réellement aimé (et qui ne va pas mourir pour autant …).

L’avenir me donnera peut-être tort, mais nous pourrions trouver ici la raison de la non-existence d’API ouvertes pour Google+, cette absence nous poussant à un usage manuel et humain. Il ne manque à Google+ qu’un seuil critique d’utilisateurs pour en faire une plateforme incontournable, aux autres Twitter, Facebook ou LinkedIn la jouissance de profiter du spam des API automatisées. L’infobésité nous guette tous et ici se trouve peut-être la solution à ce problème, aidé qu’il est par son moteur de recherche et son écosystème (une histoire d’intégration, encore et toujours). Notons également qu’en parallèle, Google continue de lorgner sur le Login, fer de lance des plateformes sociales.

Mais la volonté forte de Google est de s’assurer de données de qualité et donc une consommation toujours plus poussée de ses services. Pour cela, quoi de mieux que de rendre l’expérience plus véloce, poussant à une adoption toujours plus croissante de la toile ? Chose faite en décidant de forker WebKit pour créer Blink, mais aussi en s’attelant à DART en lieu et place de JavaScript, QUIC pour UDP et SPDY pour HTTP (voir même en initialisant son projet Fiber).

Chrome profitera rapidement de ces évolutions, renforçant l’idée d’un navigateur rapide, porte ouverte vers le monde de Google. Quelle est la 1ère chose que l’on vous demande en vous connectant à Chrome ou Android ? vous identifier grâce à votre compte Google, bien évidemment … car comme indiqué plus haut, qui ne profite pas des services de Google ?

Chrome + Android = Chrome ?

Que de services ! Applications Web/client lourd d’un côté,  extensions/applications au sein de votre navigateur de l’autre. Ah et attendez, vous pouvez également y rajouter vos applications mobiles. Le casse-tête est cornélien, ceux qui utilisent Windows 8 comprendront …

Typiquement, Google s’embarrasse d’un portefeuille applicatif conséquent, conjointement à deux places de marché que sont le Chrome Web Store et le Google Play (voir un troisième). Plus vous consommez le Web au travers des services maison, plus Google sera à même de proposer des services à valeurs ajoutées à ses « vrais » clients (ceux d’Adwords/Adsense). Car VOUS êtes le service à forte valeur ajoutée.

Mais Android n’est pas, à l’image d’iOS qui pousse à la consommation d’Apps, un système qui favorise l’utilisation du Web (et donc, génère relativement peu de revenus pour Google). Car qui utilise sur un navigateur en situation de mobilité ? Le problème est pour Google cornélien, car sorti de quelques usages, il est fort à parier que tout le monde favorise à raison les applications natives. C’est sans compter les Facebook, Amazon et autres Samsung qui ne s’embarrasseront pas d’intégrer très longtemps les services Google aux profits des leurs (de là née peut-être l’idée de Google de créer des appareils maisons à moindre coûts).

Pour solutionner cet état de fait, Google ne serait-il pas en train de nous préparer à terme une révolution de l’intégralité de ces systèmes ? Quelques indices portent à y croire.

Chrome + Android

La sortie du Pixel en est peut-être un. Étonnant, dirons certains, de voir Google se mettre à produire un « ordinateur ». Et peut-on d’ailleurs encore parier sur un ordinateur dans une ère post-PC. Une coquetterie ? Un épiphénomène ?

Certes, celui-ci est un Chromebook. Pas de configuration, de mises à jour, de failles sécuritaires, un démarrage ultra rapide … on connait le refrain et les avantages/désavantages que promet l’OS de Google. Bien évidemment certains usages ne seront toujours pas satisfaits (je lis toujours des « et mon Photoshop », « et mon machin ceci »), mais cela risque de moins en moins se vérifier (à cela Google apporte d’ailleurs des solutions via NativeClient ou les Packaged Apps).

Mais plus que tout, on peut se poser la question de cet écran tactile, l’appareil n’étant pas un hybride et Chrome OS non-adapté à des usages de ce type. Pourquoi ne pas imaginer Chrome OS marcher sur les traces d’Android et investir le marché des tablettes ? Pourquoi ne pas imaginer cette intégration aller au delà et prédire des ponts permettant indirectement d’inclure le petit bonhomme vert au sein du navigateur ? Car Google lorgnera naturellement sur les développeurs Android pour accroître son portefeuille applicatif, l’hybridité ne pouvant être perçu que comme une solution temporaire.

Tout ce dont nous avons aujourd’hui besoin pour consommer le monde qu’est le Web est un navigateur. Cela va se vérifier, que ce soit pour surfer, travailler, jouer ou d’autres sphères de notre vie. En résulterait, à terme, une plateforme (plus qu’un OS) qui serait en confrontation directe avec l’acteur qui domine encore actuellement le monde de la micro-informatique (mobiles mis à part), à savoir Microsoft.

Windows vs Google. L’ancien monde, contre le nouveau.

IT post-Microsoft

Et d’ailleurs si l’hégémonie de Microsoft commençait à drastiquement infléchir par la même occasion ? Nombreux sont ceux qui aimeraient réduire leu servitude (et indirectement leurs dépenses) envers Microsoft et son incontournable couple Windows/Office. Du pain bénit pour Google, qui au travers ses Apps gagne de plus en plus de  parts de marché.

66% des 100 plus grandes universités américaines les utilisent, remportant l’adoption des plus jeunes, tout cela pour un prix qui s’est souvent vu être complexe à combattre pour la concurrence. L’occasion de prendre de vitesse un Microsoft fébrile, qui a tardivement pris le virage du Cloud et s’embarrasse d’un Windows 8 bâtard et boudé ?

C’est à ce moment que Google s’attaque à Office. En intégrant nativement QuickOffice directement à Chrome (et donc Chrome OS), et donc en palliant les faiblesses de son Google Drive, l’expérience serait alors totale (notons que de son côté, Microsoft s’essaye au chemin inverse, en poussant son Office vers le Cloud …. et à terme, on peut l’imaginer, sur tablettes). Imaginez les impacts qu’une telle annonce pourrait avoir à terme, dans ce duel de titans.

Pour finir, je parlerai de la place de Google+ dans le monde de l’entreprise. On a souvent vu à tord, je pense, le réseau social comme le stéréotype du parfait outil de productivité. L’avènement des AppStore et autres Activity Stream devrait compléter la vision d’un outil unique intégrant applications collaboratives et métiers.

Mais cette vision ne supporte pas l’ouverture au monde et à l’ensemble des parties prenantes de l’entreprise. Et sur ce terrain, Google peut jouer un rôle de choix. Vos collaborateurs sont déjà sur Google, vos clients également, vos fournisseurs, vos partenaires. Ils ne sont plus qu’à un seul clic de pouvoir collaborer avec vous via une plateforme qui a d’ores et déjà fait ses preuves et qui, au travers des Apps et de Chrome, devrait de mois en mois se transformer en parfaite plateforme applicative et collaborative.

Au bout du bout, Google peut doubler la mise et redevenir Google. Mais en cela, il pourrait également refaire naître le spectre d’un Big Brother déjà bien trop présent. Prochaine étape, les Google Glass et l’intégration encore plus poussée du Web à nos vies ?

Don’t be Evil, disaient-ils. Début de réponse, peut-être dès demain.

Le Cloud comme nouvel OS dominant

Je vais vous raconter une histoire.

Jusqu’aux années 80, l’informatique était une discipline strictement réservée à l’entreprise. Mais petit à petit, l’ordinateur s’immisça dans nos foyers,  l’Internet allant même, aux débuts des années 2000, se tailler une place de choix dans nos vies. Nous avions encore une séparation franche entre nos environnements informatiques professionnels et personnels, nos données et logiciels étant localisés sur nos propres machines.

Mais un autre basculement allait s’opérer. Le succès du Web permit de s’émanciper de cette localisation, nos données et logiciels commençant à migrer petit à petit sur la toile. Dans le même espace-temps, ces mêmes logiciels Web dépassaient en qualité ceux qui nous étaient fournis dans notre cadre professionnel. Nous étions mieux équipés, mieux préparés, nos usages évoluant à un rythme que nos organisations professionnelles avaient souvent du mal à tenir.

C’est à ce moment qu’émergea la Génération Y. Plus qu’un groupe de personnes, ils portaient en eux l’embryon d’une mutation que notre société allait vivre. Nous allions tous désormais devoir suivre leur rythme, et aux entreprises de subir un train qui fusait tambour battant. Et pendant que nous commencions à vivre l’ubiquité de nos vies digitales et physiques, l’informatique allait s’émanciper de l’ordinateur comme seul terminal d’accès. La mobilité allait en seulement 5 ans, changer radicalement notre manière de consommer le digital. Toujours dans notre poche, toujours à portée de main.

L’informatique allait devenir une ressource accessible à la demande. Si nos données étant déjà dans le Web, la mobilité amplifia le phénomène. Le Cloud personnel était né. Seul compte désormais les services consommés, s’affranchissant de la question du  moyen d’accès et reléguant par la même occasion la sphère d’influence des systèmes d’exploitation d’antan.

Et c’est ici que notre histoire se termine, ne laissant qu’à notre imagination le loisir de griffonner ce que le futur pourrait être.

  1. Arrivée de l’informatique grand public, d’Internet et du Web 2.0
  2. Naissance de la Génération Y et évolution des usages
  3. Explosion de la mobilité, ère post-Microsoft
  4. Émergence du Cloud comme système d’exploitation dominant
  5. ?

Chaque individu emporte avec lui son propre système d’exploitation, son Cloud personnel. Il est désormais difficile de ne pas le reconnaître. Je croise des dirigeants et autres responsables qui se rassurent à croire qu’un firewall peut encore les épargner, mais le phénomène est déjà dans les murs, dans nos poches, sur le Web et donc partout.

Ne pensez pas qu’en bloquant des services comme Facebook ou DropBox, voir en proposant un service « à peu près » équivalent vous allez satisfaire la foule. Cette dernière refusera purement et simplement l’idée que vous puissiez choisir pour elle. Nous avons aujourd’hui tous le loisir du choix, suivant le moment et le contexte. Rien ne pourra infléchir cette tendance.

En informatique, un système d’exploitation (OS) est un ensemble de programmes qui dirige l’utilisation des capacités d’un ordinateur par des logiciels applicatifs

Nos bons vieux OS peinent à se faire une place, relégués qu’ils sont par les navigateurs Web comme porte d’entrée vers le système d’exploitation moderne qu’est le Cloud. Car si l’OS dirige les capacités d’un seul ordinateur, le Cloud tire parti d’une infinité de ressources.

Nous pouvons même imaginer nous affranchir de cette surcouche, ou tout du moins arrêter d’y prêter attention là il était hier impensable de passer outre. Microsoft s’essaye à contrer cette tendance en sortant l’ovni Windows 8, mariage improbable entre un OS ancestral, le Cloud et le tactile …

Selon Gfk, il se vend aujourd’hui en France plus de tablettes que de PC. Depuis le début de l’année, le best-seller des ventes d’ordinateurs sur Amazon US n’est pas un PC Windows, ou bien un Mac, mais un Google Chromebook.

À suivre …

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