Une transformation digitale mortifère

J’entends beaucoup parler de transformation digitale. En soit, et l’on aborde très rarement le problème sous cet angle, le digital n’est qu’affaire d’automatisation (robots + algorithmes).

Car si le digital est source de bienfaits, elle n’est finalement, dans le cadre de nos entreprises, perçue comme unique moyen d’optimisation des processus, du business, et donc du rendement d’une organisation.

Pourquoi l’on en parle très rarement en ces termes ? tout simplement à cause de l’emploi. Se projeter dans l’avenir et comprendre que l’on va irrémédiablement se faire remplacer par un robot, se faire uberiser de l’intérieur, ça n’est pas bon pour la paix sociale. Le sujet demeure tabou.

L’uberisation n’est qu’un processus s’employant à régler les errances d’un marché, se muant en épée de Damoclès. Un acteur de ce type arrivant avec ses gros sabots, profitant des vides juridiques, du digital et détruisant tout ce qu’il trouve sur son passage : emplois, richesses, innovations, savoir-faire, etc.

Prolétarisation

La prolétarisation est, d’une manière générale, ce qui consiste à priver un sujet (producteur, consommateur, concepteur) de ses savoirs (savoir-faire, savoir-vivre, savoir concevoir et théoriser).

Au final, par appas du gain, par peur, par nécessité, par mimétisme l’on va donc massivement s’engager dans une transformation digitale et s’uberiser soit-même. Se transformer et copier des modèles venus d’ailleurs, souvent maladroitement en essayant de prendre en compte son existant, son histoire. L’on va donc amorcer de nombreuses initiatives de transformations digitales mortifères. Une auto-destruction presque souhaitée facilitant par la même occasion le travail des « uber » de demain …

Pourquoi je vous parle d’auto-destruction, de mort ? tout simplement parce que notre monde repose sur un concept macro-économique assez simple : celui d’un cercle vertueux entre revenus, consommation et production. Pour faire simple, et Ford l’avait bien compris en souhaitant vendre ses voitures à ses propres employés, il est nécessaire pour supporter une consommation de masse, de maximiser le pouvoir d’achat, lui-même rendant possible la production des biens en question.

Dès lors, que se passera-t-il si le digital et l’automatisation viennent, comme la plupart des prédictions le confirme, détruire à minima 50% de nos empois ? Le cercle vertueux imaginé par Keynes s’effondra de lui-même. Mieux, tout cela risque de ne pas mettre 10 ans à se réaliser ..