Le développeur, manutentionnaire du futur ?

On nous dit, et je le pense à raison, que nous allons de plus en plus manquer de développeurs. Plusieurs choses expliquent cela :

  1. La mouvance numérique qui, irrémédiablement, augmente mécaniquement la demande
  2. L’éducation qui peine à suivre (rapport à la demande trop importante), et va donc étalonner l’offre
  3. L’évolution de la fonction IT qui génère au bout du compte de plus en plus de services (principalement Cloud). Naîtra donc un besoin en développement et intégration de ces mêmes services
  4. La constance du besoin de développement d’applications métiers (multiplié par le point n°1)

Ceci étant dit, on cherchera rapidement à faire baisser la pression (et donc les coûts) de ce besoin. Et à répondre aux 4 points cités plus haut avec des réponses plus ou moins adaptées :

  1. Faire de plus en plus appel à des développeurs offshore ou nearshore, voir à des indépendants (locaux ou non)
  2. Former des non-informaticiens au développement (sans parler des écoles qui n’octroient pas de titre d’ingénieur, mais pondent du développeur à la chaîne), apprendre à coder devenant aussi essentiel que lire, écrire ou calculer
  3. Constater une dépréciation de plus en plus forte du métier de développeur. On devrait voir exploser deux tendances déjà existantes : celle d’une informatique de gestion de moins en moins technique ; et celle du paradigme de programmation fonctionnelle (dans lequel tous les geeks, les insatiables développeurs, devraient s’orienter)
  4. Renforcer la vampirisation du marché par les SSII. Seuls les indépendants devraient arriver, sous l’égide de ces mêmes SSII, à s’en tirer convenablement (l’avenir pour le « vrai » développeur, pourrait se trouver ici)

Certaines des réponses ci-dessus sont plus des constats que des réponses. Constat d’un ordre déjà établi, mais qui devrait s’intensifier.

On cela peut-il nous mener ? J’imagine que le développeur deviendra le manutentionnaire du 21e siècle. Une compétence de moins en moins rare, car de plus en plus demandée.

Un métier qui souffrira de l’évolution des technologies et qui se voudra de plus en plus n’être qu’un métier de petites mains, une nouvelle forme de travail à la chaîne, transformant des expertises en réflexes autoprogrammés  (une réalité du monde des intégrateurs).

Que vous le vouliez ou non, le numérique est votre cœur de métier

Les budgets informatiques explosent, autant que notre dépendance à l’IT se fait de plus en plus forte et que le volume de données échangé suit la même tendance. Mais malheureusement la loi de Moore ne peut pas s’appliquer aussi facilement aux budgets.

Je dis « malheureusement » car je reste pragmatique. Les entreprises, crise oblige, doivent trouver des moyens de devenir plus compétitif. Et quoi de mieux pour gagner un peu d’air que de s’attaquer à réaliser des coupes budgétaires. Le coupable idéal n’en fut que plus simple à trouver : l’informatique.

ROI

En même temps que la fonction IT évoluait, une pression de plus en plus forte retombait sur les épaules des DSI. Les dirigeants voulaient s’attaquer à la bête, fini le temps de la dépense non raisonnée (croyaient-ils …), le DSI doit se muer en « cost-killer ».

On demandait maintenant des comptes, du retour sur investissement. Et là aussi, erreur de casting, le ROI le plus direct fut de faire des économies sur le propre budget IT. Simple règle de calcul : si j’achète une solution 10 et que demain j’obtiens à peu près (notez bien le « à peu près ») la même chose pour 5, j’aurais effectivement réalisé une économie de 50%. Notez qu’on peut faire pire, à savoir s’asseoir sur ses acquis et partir du principe que la seule mission de la DSI soit de conserver le patrimoine péniblement créé ces derniers années (au diable l’innovation).

Plus vicieux, celui de déléguer le budget informatique aux directions métier. Le financier allait lui-même acquérir et payer pour sa solution comptable ; le DRH sa solution RH ; etc. Ces derniers étant maintenant assez murs pour utiliser un ordinateur, il devait en aller de même pour choisir le logiciel le plus apte à répondre à leurs besoins (notez bien que cela allait engendrer une complexité du SI … chose qui coûte).

Car une ligne budgétaire qui enfle de manière chronique (en l’occurrence celle des investissements et services informatiques), cela dérange …. surtout lorsque l’on ne voit pas trop à quoi cela peut servir (aurait-on touché du doigt le « vrai » sujet ?).

Mon métier à moi ? Je fais de l’informatique !

Cherchez bien, mais cherchez peu. Le scénario ci-dessus, même si le trait est volontairement forcé, vous décrit ce que je perçois ici et là comme un problème de fond.

PME/PMI, grandes entreprises, collectivités, organisations de toutes natures et tous domaines sont tous impactés par le numérique. Cette tendance va s’accentuer. Et pour ceux que cela dérange, comprenez bien que cela ne risque pas de s’inverser … tout particulièrement dans le tertiaire.

Chaque entreprise doit donc s’astreindre une stratégie numérique. Certains domaines fortement impactés comme la musique nous le prouve, vous n’êtes sans doute pas à l’abri de pâtir du numérique … ou de vous en servir. A vous de choisir l’option qui vous parait la plus opportune.

Comprenez bien que vous ne pouvez plus vous contenter de réaliser des économies de bouts de ficelles. Votre métier est, va ou sera bientôt révolutionné, abordant sa mouvance vers le numérique. Dans très peu de temps, nous devrions donc tous avoir le numérique comme cœur de métier.

L’évolution de la fonction IT

Je suis observateur attentif, travaillant au sein d’entreprises diverses et variées, de l’évolution des métiers de l’informatique.

Nous aurions pu parier, étant donné la dépendance de plus en plus forte de nos organisations à l’informatique, sur un renforcement d’un secteur et d’un ensemble de métiers associés, cela au sein même de nos entreprises. Malheureusement, et sans vouloir nous la faire à l’envers, la réalité est tout autre.

Nous avons en France la particularité d’avoir vu naître, certaines des plus grosses entreprises de services informatiques au monde. Plus qu’une tendance liée à l’éducation et la qualité de nos ingénieurs, elle est surtout celle d’une manière toute particulière que nous avions de consommer le numérique. Et la tendance voudrait que cette particularité se mondialise …

Paupérisation interne

Les sociétés de services en ingénierie informatique (SSII) ne sont pas nées d’une idée révolutionnaire. Mais celle de pouvoir, spécialement dans un pays où la flexibilité du travail est une utopie, s’en offrir un minimum.

Passé donc, la possibilité d’embaucher un ingénieur ou un développeur, il est de coutume de faire appel à des SSII pour s’offrir la mise à disposition d’une compétence ou d’un profil (notez que l’aspect humain est ici volontairement mis de côté) : en somme, un service.

Sans vouloir débattre de la nature même des SSII (je travaille pour celles-ci depuis mes débuts professionnels … je ne cracherais donc pas volontairement dans la soupe), une réalité rattrape tout paramètre lié au contexte français et européen : celle de vouloir externaliser et faire faire aux autres.

Fortement accéléré par l’émergence de nouvelles nations compétentes en la matière (on parle souvent des développeurs indiens), tout autant que la fonction informatique se trouve asséchée et transformée par une révolution telle que le Cloud Computing, ce besoin d’externalisation fait donc écho à une certaine paupérisation de la fonction IT en interne de ses mêmes entreprises clientes.

La mort du technicien

Cela reste d’ailleurs paradoxal (on a quand même l’habitude de dire qu’il est toujours plus simple de servir soi-même), car l’informatique étant devenue si axial et vital.

De plus, et j’en parlerais plus précisément dans un autre billet, l’évolution des budgets et la perception même de la valeur rendue par l’informatique évoluent également et poussent à consommer autrement.

Mais l’externalisation sous toutes ses formes à de cela de pratique qu’elle transforme un besoin technique, technologique, fonctionnel … en réalité purement contractuelle. Et cela s’applique aujourd’hui à l’intégralité du système d’information :

  • Développement
  • Support
  • Logiciels
  • Infrastructures
  • etc.

Ces métiers vont donc tout naturellement migrer vers fonctions organisationnelles, seules aptes à valider le calibrage des besoins métiers, spécialistes de l’urbanisation d’un système d’information maison de plus en plus externalisé et délégué.

La connaissance, la compétence, et d’une manière générale l’informatique, en s’externalisant de plus en plus, deviendra rapidement une facilité, une matière première pour laquelle toute technicité deviendra obsolète. Ne restera qu’à priori que deux types de profils d’informaticien :

  • Ceux qui produiront et intégreront des services
  • Ceux qui consommeront et mettent en conformité ces mêmes services

Et cela est paradoxal, dans un monde si empreint de technologie et où l’on ne cesse de nous répéter que l’informatique est et demeure une priorité aussi bien économique, que sociétale ou pédagogique.

Arrêtez de prendre les utilisateurs pour des c**s

Je perçois de manière générale que les entreprises attendent, plus que des solutions informatiques, des propositions à leurs problèmes (logique Watson !). Et dans une époque où la guerre des prix fait de plus en plus rage, force est de constater que cette dernière est irrémédiablement contre-balancée par l’innovation.

Mais notre monde digital est instable, toujours mouvant et déroutant. D’où le besoin de plus en plus insistant d’une vision qui puisse englober le passé, le présent et surtout le futur. Chose que bien peu s’évertuent  à comprendre car nous vivons dans un monde malheureusement court-termiste.

Marre d’entendre des « mais tu sais, les utilisateurs n’ont pas besoin de ça » ou « chez nous, les gens ne sont pas aussi [X] que toi » (X = remplacez par la qualité souhaitée). Etc.

A côté de ça, les utilisateurs en question adoptent des technologies de rupture et modifient durablement leurs façons de percevoir le monde. L’innovation continue est maintenant devenu normative, allant au  delà du supposé conflit générationnel que certains s’évertuent à nous faire croire.

Donc s’il vous plait, concentrez-vous sur un seule et unique objectif : fournir aux utilisateurs la meilleure expérience possible. Et cela, quel-qu’en soit les conditions !

Le VIP, cette diva qui détruira la DSI

La DSI telle que nous la connaissons est sans doute en train de mourir.

dsi-court-circuit

Mais outre bien comprendre la tendance, intégrer et accepter ce court-circuitage, il est un point qui aujourd’hui plombe de nombreuses entreprises : le VIP.

Car le VIP n’est pas quelqu’un auquel on ne refuse pas grand-chose. Nous avons d’un côté une IT qui doit subir la réalité des utilisateurs, s’essayant à les contrer tant bien que mal et garder en place un édifice aussi friable qu’un château de cartes. Et de l’autre, une IT qui doit satisfaire les VIP et prendre en compte l’affect dans ses décisions. Le contrat est intenable.

Car le VIP est une diva que l’on ne peut raisonner. Et ce dernier apporte dans ses valises, la réponse à la fracture qui s’était créée au fil des années entre l’informatique grand public et professionnelle.

La mode du Do It Yourself a intégré le monde professionnel et le VIP est le premier a succomber aux sirènes du consumérisme. Qu’il n’est pas jouissif d’avoir le dernier smartphone ou la dernière tablette à la mode, entrant de plain-pied dans le monde du Bring Your Own X. Et étant donné qu’il y a fort à parier que le nombre d’objets dits connectés risque d’augmenter, nous allons rapidement les importer en entreprise via le privilégié qu’est le VIP.

La DSI doit donc se réinventer pour tenir compte de ces concepts, devenir proactive et innovante, sous peine de se transformer en un prestataire de service à la solde de ses donneurs d’ordre, sans concession aucune.