Office pour iPad … trop beau pour être vrai ?

Microsoft ose, en proposant gratuitement Office sur iPad (et sur Android), jouer la carte de sa propre survie. Mais l’euphorie de l’annonce ne résiste pas à l’analyse qui suit.

  1. Oui, Office est gratuit. Pas pour les raisons qui s’imposent (proposer un équivalent à la concurrence), mais surtout pour ne pas laisser Apple profiter des bénéfices qu’ils pourraient générer via l’AppStore (Office demeure un best-seller mondial).
  2. Un « vrai » Office sur iOS ? OK mais seulement pour la consultation. La création / édition à titre professionnel n’est possible qu’avec un compte Office 365 payant (alors que cela est possible gratuitement sur Android !)
  3. Pourquoi donc ? Pour ne pas tuer l’indissociable couple Windows/Office et affaiblir ses tablettes Surface (l’absence d’Office est un argument massue du marketing de Microsoft)
  4. Un Office gratuit sur iPad l’est aussi sur Android. L’OS de Google ne perçant pas sur le marché des tablettes, Microsoft n’a ici pas la pression de voir son hégémonie s’éroder. N’oublions pas non plus la sortie d’Office Online, qui associé  à OneDrive est une parade efficace à la stratégie de Google en la matière … sauf à regarder du côté de Chrome, mais c’est un autre sujet

Bref, Microsoft fait un petit pas en avant mais reste encore hésitant. Il ne tranche pas sur la question de fond, à savoir son hésitation entre conservatisme et innovation. Ils s’essayent à ne pas trop subir mais l’artifice tient plus du marketing qu’autre chose. Un consensus qui ne joue pas à leur faveur mais démontre encore la faiblesse du positionnement de la firme.

Le jour où j’ai décidé de désinstaller Microsoft Office

Dans 100% des nombreuses entreprises et organisations pour lesquelles j’ai opéré, l’intégralité de la collaboration bureautique tournait autour du seul Microsoft Office. Plus qu’un logiciel érigé en standard, j’ai toujours été étonné de voir la relative fébrilité que pouvait susciter autour de moi la remise en cause de cet « étalon ». Émettre la simple hypothèse de l’abandon du logiciel permettant aujourd’hui de réaliser la quasi-totalité des opérations de nombreuses entreprises est souvent rapidement balayée. Nous parlons tout de même d’1 milliard d’utilisateurs.

Office-dépendance

Car ce qui me fascine reste notre addiction au document, plus qu’au logiciel en lui-même. Pourquoi créer un document Word ? Une présentation PowerPoint ? Un tableur Excel ?

Les documents abstraits (cahier des charges, spécifications…) créent une illusion d’accord qui repose sur une interprétation

  • Rework, Jason Fried et David Heinemeier Hanson, 37Signals

Une note ne suffirait-elle pas ? Voir l’utilisation d’un logiciel plus adapté au besoin ? Prenez l’exemple de Basecamp ou Jive qui, s’ils permettent de stocker vos fichiers, vous permettent de créer un fichier texte en ligne. Car sans remettre totalement l’utilisation d’un réel traitement de texte (lorsque le besoin s’en fait ressentir), qu’est-ce qu’un fichier si ce n’est une version portative d’un texte ?

Portative oui, mais autonome. La différence ? Une intelligence que le document classique ne peut intégrer, à savoir la collaboration / l’intelligence collective mais surtout un non-attachement au totem que représente le fichier. La plateforme le remplace, et devinez quoi, ce n’est finalement pas plus mal.

Supprimer Office ?

Mais la question n’est pas de savoir si le fichier a, ou non, son utilité. Il peut tout à fait sembler logique de travailler via fichiers, de créer des documents et d’utiliser Microsoft Office. Bien heureusement ! Je voulais surtout me confronter à contredire la règle non-dite du standard auto-proclamé qu’est Microsoft Office. Pouvais-je réellement me passer de l’utiliser ?

Et bien cela fait un peu plus d’1 an et demi que j’ai désinstallé Microsoft Office.  Et s’il vous faudra minimum trois mois, de mon point de vue, pour pouvoir s’astreindre à un tel changement, première nouvelle, Microsoft Office ne m’a pas manqué plus que cela. Signe que s’en passer est possible. J’ai bien évidemment dû le remplacer, m’astreindre à certains palliatifs et devoir pleurer certains détails / fonctionnalités. J’avais finalement réussi à me libérer  du dictat qu’il m’imposait …

Mais le changement personnel que l’exercice allait induire n’était finalement rien en comparaison de la gestion de l’obstacle numéro 1 à affronter : clients, collègues, collaborateurs, partenaires, proches, etc.

La standardisation

Et oui messieurs les responsables et autres DSI. Ne croyez pas que le principal défaut des solutions palliatives est de n’être pas aussi qualitativement bon que Microsoft Office (et que vos utilisateurs méritent bien une telle dépense). C’est un fait, mais un détail s’il on garde à l’esprit que nous n’utilisons en moyenne que moins de 5 à 10% des fonctions proposées par une suite logicielle de ce type.

Non, ce qui est bloquant est son universalité : Office souffre du même mal qu’Internet Explorer en son temps : il est devenu un standard. Ne tentez pas des pilotes restreints à quelques utilisateurs car vous serez rapidement bloqués par des soucis de compatibilité entre population. Ne vous focalisez pas sur de simples fonctions car vous aurez rapidement l’impression de tourner en rond. Prenez l’exemple de la la ville de Munich, qui a brillamment finalisé son projet de migration de ses 15.000 utilisateurs vers Linux et OpenOffice.

Pour ma part, j’ai choisi non pas de privilégier ma propre expérience de la bureautique, mais me payer le luxe d’être au niveau de mes collègues et de réinstaller ce bon vieux Microsoft Office. Car si je n’ai pas totalement réussi à me passer d’Office, j’en ai réduit son utilisation au maximum.

Google aux grandes manœuvres ?

Le Google I/O 2013 débute demain, mercredi 15 mai, et devrait -je l’imagine- tenir toutes ses promesses. Mais rassurons-nous, la folie créative de Google a ses limites.

Qui n’a jamais utilisé au moins une fois un produit estampillé Google ? Android, YouTube, Chrome, Maps, etc. autant de services ou produits qui ont fait le succès du géant de la recherche. Mais l’heure du foisonnement créatif annonce en toute logique une période de mise au placard. Échecs critiques ou réussites commerciales, la courte histoire d’une entreprise n’ayant pas même 20 ans force le respect et nous incite à prendre du recul.

Même quand un produit comme Google Reader s’ajoute au cimetière du dieu Google, il n’y a pas lieu de chipoter sur la place qu’une seule entreprise a pu avoir dans l’émergence et l’adoption d’un Web toujours plus intégré à nos vies. Dès lors, le ménage initié par Larry Page depuis sa (re)prise de pouvoir, démontre une radicalisation que certains regrettent, mais qui nous rappelle à la dure réalité : Google est avant tout une entreprise capitalistique.

Car si l’innovation est la force motrice de l’ancienne start-up, elle ne doit pas se faire au détriment du business et d’une vision globale. Et c’est à ce carrefour que nous nous trouvons. Google ayant, il me semble, lancé les grands œuvres d’un plan arrivant aujourd’hui à maturité.

Ergonomie, unification, adoption

Première étape, l’expérience utilisateur. Dans un esprit logique, la refonte graphique très épurée unifie désormais la quasi-totalité des produits estampillés Google. Ensuite … vient l’intégration !

Un des derniers exemples en date, les adaptations du moteur de recherche qui intègre des résultats liés à Google+ ou encore des tentatives de refonte du bandeau supérieur nous faisant diablement penser à Chrome OS. Plus complexe est l’unification des services de messagerie instantané / web-conférence / SMS sous un même produit (Babel ?) qui devrait rapidement pointer le bout de son nez, voir la disparition de Picasa au profit de la section photo de Google+.

Les exemples récents sont légion.

google-search

Reprenons l’exemple de Google Reader. Que n’a t’ont pas lu à ce sujet. La data (et indirectement la publicité) étant au centre du business de Google, son apparition dans la sphère sociale via son réseau Google+ semble nous rappeler que ce nouvel or noir se cache au cœur des interactions humaines. Ceux qui pleurent l’abandon d’un produit aussi efficace que Google Reader (et qui avait en son temps, tué la concurrence) oublient que sa disparition au profit du réseau social avait déjà commencée en amont. Google fait donc la part belle à la curation, en lieu et place d’un RSS qu’il n’a jamais réellement aimé (et qui ne va pas mourir pour autant …).

L’avenir me donnera peut-être tort, mais nous pourrions trouver ici la raison de la non-existence d’API ouvertes pour Google+, cette absence nous poussant à un usage manuel et humain. Il ne manque à Google+ qu’un seuil critique d’utilisateurs pour en faire une plateforme incontournable, aux autres Twitter, Facebook ou LinkedIn la jouissance de profiter du spam des API automatisées. L’infobésité nous guette tous et ici se trouve peut-être la solution à ce problème, aidé qu’il est par son moteur de recherche et son écosystème (une histoire d’intégration, encore et toujours). Notons également qu’en parallèle, Google continue de lorgner sur le Login, fer de lance des plateformes sociales.

Mais la volonté forte de Google est de s’assurer de données de qualité et donc une consommation toujours plus poussée de ses services. Pour cela, quoi de mieux que de rendre l’expérience plus véloce, poussant à une adoption toujours plus croissante de la toile ? Chose faite en décidant de forker WebKit pour créer Blink, mais aussi en s’attelant à DART en lieu et place de JavaScript, QUIC pour UDP et SPDY pour HTTP (voir même en initialisant son projet Fiber).

Chrome profitera rapidement de ces évolutions, renforçant l’idée d’un navigateur rapide, porte ouverte vers le monde de Google. Quelle est la 1ère chose que l’on vous demande en vous connectant à Chrome ou Android ? vous identifier grâce à votre compte Google, bien évidemment … car comme indiqué plus haut, qui ne profite pas des services de Google ?

Chrome + Android = Chrome ?

Que de services ! Applications Web/client lourd d’un côté,  extensions/applications au sein de votre navigateur de l’autre. Ah et attendez, vous pouvez également y rajouter vos applications mobiles. Le casse-tête est cornélien, ceux qui utilisent Windows 8 comprendront …

Typiquement, Google s’embarrasse d’un portefeuille applicatif conséquent, conjointement à deux places de marché que sont le Chrome Web Store et le Google Play (voir un troisième). Plus vous consommez le Web au travers des services maison, plus Google sera à même de proposer des services à valeurs ajoutées à ses « vrais » clients (ceux d’Adwords/Adsense). Car VOUS êtes le service à forte valeur ajoutée.

Mais Android n’est pas, à l’image d’iOS qui pousse à la consommation d’Apps, un système qui favorise l’utilisation du Web (et donc, génère relativement peu de revenus pour Google). Car qui utilise sur un navigateur en situation de mobilité ? Le problème est pour Google cornélien, car sorti de quelques usages, il est fort à parier que tout le monde favorise à raison les applications natives. C’est sans compter les Facebook, Amazon et autres Samsung qui ne s’embarrasseront pas d’intégrer très longtemps les services Google aux profits des leurs (de là née peut-être l’idée de Google de créer des appareils maisons à moindre coûts).

Pour solutionner cet état de fait, Google ne serait-il pas en train de nous préparer à terme une révolution de l’intégralité de ces systèmes ? Quelques indices portent à y croire.

Chrome + Android

La sortie du Pixel en est peut-être un. Étonnant, dirons certains, de voir Google se mettre à produire un « ordinateur ». Et peut-on d’ailleurs encore parier sur un ordinateur dans une ère post-PC. Une coquetterie ? Un épiphénomène ?

Certes, celui-ci est un Chromebook. Pas de configuration, de mises à jour, de failles sécuritaires, un démarrage ultra rapide … on connait le refrain et les avantages/désavantages que promet l’OS de Google. Bien évidemment certains usages ne seront toujours pas satisfaits (je lis toujours des « et mon Photoshop », « et mon machin ceci »), mais cela risque de moins en moins se vérifier (à cela Google apporte d’ailleurs des solutions via NativeClient ou les Packaged Apps).

Mais plus que tout, on peut se poser la question de cet écran tactile, l’appareil n’étant pas un hybride et Chrome OS non-adapté à des usages de ce type. Pourquoi ne pas imaginer Chrome OS marcher sur les traces d’Android et investir le marché des tablettes ? Pourquoi ne pas imaginer cette intégration aller au delà et prédire des ponts permettant indirectement d’inclure le petit bonhomme vert au sein du navigateur ? Car Google lorgnera naturellement sur les développeurs Android pour accroître son portefeuille applicatif, l’hybridité ne pouvant être perçu que comme une solution temporaire.

Tout ce dont nous avons aujourd’hui besoin pour consommer le monde qu’est le Web est un navigateur. Cela va se vérifier, que ce soit pour surfer, travailler, jouer ou d’autres sphères de notre vie. En résulterait, à terme, une plateforme (plus qu’un OS) qui serait en confrontation directe avec l’acteur qui domine encore actuellement le monde de la micro-informatique (mobiles mis à part), à savoir Microsoft.

Windows vs Google. L’ancien monde, contre le nouveau.

IT post-Microsoft

Et d’ailleurs si l’hégémonie de Microsoft commençait à drastiquement infléchir par la même occasion ? Nombreux sont ceux qui aimeraient réduire leu servitude (et indirectement leurs dépenses) envers Microsoft et son incontournable couple Windows/Office. Du pain bénit pour Google, qui au travers ses Apps gagne de plus en plus de  parts de marché.

66% des 100 plus grandes universités américaines les utilisent, remportant l’adoption des plus jeunes, tout cela pour un prix qui s’est souvent vu être complexe à combattre pour la concurrence. L’occasion de prendre de vitesse un Microsoft fébrile, qui a tardivement pris le virage du Cloud et s’embarrasse d’un Windows 8 bâtard et boudé ?

C’est à ce moment que Google s’attaque à Office. En intégrant nativement QuickOffice directement à Chrome (et donc Chrome OS), et donc en palliant les faiblesses de son Google Drive, l’expérience serait alors totale (notons que de son côté, Microsoft s’essaye au chemin inverse, en poussant son Office vers le Cloud …. et à terme, on peut l’imaginer, sur tablettes). Imaginez les impacts qu’une telle annonce pourrait avoir à terme, dans ce duel de titans.

Pour finir, je parlerai de la place de Google+ dans le monde de l’entreprise. On a souvent vu à tord, je pense, le réseau social comme le stéréotype du parfait outil de productivité. L’avènement des AppStore et autres Activity Stream devrait compléter la vision d’un outil unique intégrant applications collaboratives et métiers.

Mais cette vision ne supporte pas l’ouverture au monde et à l’ensemble des parties prenantes de l’entreprise. Et sur ce terrain, Google peut jouer un rôle de choix. Vos collaborateurs sont déjà sur Google, vos clients également, vos fournisseurs, vos partenaires. Ils ne sont plus qu’à un seul clic de pouvoir collaborer avec vous via une plateforme qui a d’ores et déjà fait ses preuves et qui, au travers des Apps et de Chrome, devrait de mois en mois se transformer en parfaite plateforme applicative et collaborative.

Au bout du bout, Google peut doubler la mise et redevenir Google. Mais en cela, il pourrait également refaire naître le spectre d’un Big Brother déjà bien trop présent. Prochaine étape, les Google Glass et l’intégration encore plus poussée du Web à nos vies ?

Don’t be Evil, disaient-ils. Début de réponse, peut-être dès demain.