Le réseau antisocial

Il y a plusieurs années, je m’étais imaginé, sur le modèle anonyme et éphémère de 4Chan, une application totalement dédiée au monde de l’entreprise. L’idée était simple : pouvoir s’authentifier via son mail pro et l’associer à son mail perso. Puis ensuite, pouvoir diffuser anonymement des messages dans une bulle limitée à son entreprise (basée sur le domaine @mail de l’entreprise). A ceci près que tout ceci n’est resté qu’une idée que j’ai toujours gardée à l’esprit. Je m’amusais à m’imaginer diffuser le concept via certains syndicats et me débattre juridiquement suite à quelques révélations bien placées …

Parallèlement, le web éphémère est aujourd’hui à la page, principalement adopté par les jeunes générations, se référant à Snaptchat et délaissant Facebook. Ne manquait finalement que l’anonymat.

A quoi tu penses … vraiment ?

Bien évidemment, l’anonymat a ses détracteurs, mais entre l’omerta totale et révéler certaines vérités (même les plus dégueulasses), il y a une réalité qui me semble de plus en plus latente et destructrice. Allions-nous un jour, pouvoir faire de certains principes humanistes la base de toute organisation humaine ?

Depuis le début du 21e siècle, trois événements, trois tendances, trois évolutions sont apparus. Et elles sont en passe de faire évoluer, drastiquement, notre monde.

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  • L’émergence de l’intelligence collective, portée par Wikipedia et autres réseaux sociaux tels Facebook ou Twitter
  • Les lanceurs d’alertes avec, en tête de file, Snowden et Assange (WikiLeaks). En marge de cela, il y a bien évidemment les révélations sur la NSA et le programme PRISM
  • Les protestataires, ceux du printemps arabe, d’Occupy Wall Street, etc. et la place qu’ont les technologies numériques dans leur organisation et leur diffusion

Ne sentez-vous pas un lien évident entre ces trois points ? Et bien, du côté de la Silicon Valley, deux anciens employés de Google, Chrys Bader-Wechseler et David Byttowi, ont eu l’idée de développer une petite application étonnante m’y faisant penser.

Secret Is Like Facebook For What You’re Really Thinking

Secret, c’est son nom, est une application tout ce qu’il y a de plus simple :

  • Disponible seulement sur mobile, elle ne vous invite pas à créer un compte
  • Vos amis ne le sont pas, mais vous pouvez parler anonymement avec les contacts de votre téléphone sans savoir qui est qui …
  • … Où découvrir via géolocalisation les secrets qui buzzent tout près de chez vous
  • Plus une idée est populaire (via un système de « like »), plus elle se diffuse rapidement au travers des réseaux de chacun
  • Chaque secret est hashé, non-lié à son créateur ou son numéro téléphone (pas de profils on vous dit !)

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Le premier « secret » diffusé en masse sur ce réseau « antisocial », qui fait aujourd’hui vibrer la Silicon Valley (et intéresse de nombreux acheteurs potentiels …), concerne un des investisseurs de la startup, à savoir Google.

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Ne reste plus qu’à attendre une diffusion plus large de l’application et s’imaginer jouer au bal masqué auquel je m’imaginais participer. Dans des organisations où certains jouent un double jeu depuis maintenant bien trop d’années, l’effet me semble garanti.

Et si finalement, certaines qualités humaines n’étaient que la voie logique prise par les technologies de l’information. L’empathie, le don, l’entraide, et toutes ses choses formidables dont est capable l’humanité.

Je conclurais en citant moot, le créateur de 4chan, qui nous rappelle qu’en sacrifiant notre vie privée sur Internet nous perdons finalement quelque chose d’extrêmement précieux.

La NSA a-t-elle tué le Cloud ?

La semaine dernière, nous prenions tous connaissance de PRISM, cet incroyable système d’espionnage impliquant les géants du Web US. Ce que révèle le document fuité par Eric Snowden, désormais réfugié à Hong Kong, est de nature à relancer le débat sur le Cloud, sa nature et ses infinies promesses.

Eric Snowden

Premièrement il s’agit de cette réalité impliquant nos données, stockées qu’elles sont par des acteurs comme Facebook, Google et consorts. Ceci n’est pas nouveau, le deal est connu, je ne m’étendrai pas sur ce que le Patriot Act permet ou ne permet pas. Je ne m’étendrai pas non plus sur le débat politique sous-jacent (et qui, je l’espère, risque de faire bien des vagues), mettant entre autre en lumière notre seule (in)capacité à « subir » le monde numérique américain.

Non, ce qui m’intéresse ici est le Cloud. Pour ce qu’il est, et ce qu’il représente. Comprenons que le Cloud public, comme on le représente souvent, à savoir celui de l’Utility Computing, vient de réellement prendre du plomb dans l’aile et alimenter des peurs déjà trop vivaces. Le mal est fait, ce que Snowden avance soit vrai ou (partiellement) faux, n’y change vraiment rien.

Indirectement, la NSA vient peut-être de tuer une partie du lien qui nous séparait des possibilités du Cloud. Au moins pour un temps, car penser une seule seconde qu’un projet européen puisse régler la question soulevée par PRISM est également faux. Nous ne serions même pas loin de croire que les américains ne puissent pas nous donner des envies de total contrôle du numérique. Ici se joue l’avenir, et la confiance que nous pourrions avoir envers le Cloud.

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Ne demeure qu’un concept, une idée, des fondations. Ne reste-t-il donc qu’ à attendre une solution qui règle LA question ? Pourrons-nous rapidement profiter du Cloud et nous affranchir des problèmes que soulève PRISM ? Peut-on même confier nos données à qui que ce soit ? Ne devons-nous pas nous tourner vers le monde du libre, qui au passage permet directement au Cloud d’exister,  pour y trouver une quelconque rédemption ? Complexe équation, à laquelle je n’ai malheureusement pas encore de réponse …