Office 2013, mais où va donc Microsoft ?

La nouvelle mouture de la suite bureautique de Microsoft vient de sortir. Parmi les habituels packs (de 139 € à 539 € pièce !) se glisse une nouvelle offre « famille » qui se base sur un modèle d’utilisation hybride, PC/Mac et Cloud/Mobile, le tout en abonnement mensuel ou annuel.

Que se cache derrière cette offre ?

  • La suite Microsoft Office Professionnelle 2013, installable sur 5 postes (à partir de Mac OS X 10.5.8 ou PC Windows 7) voir utilisable en mode virtualisé si vous n’avez pas le logiciel sur votre machine (limité à Windows 7 et 8)
  • L’accès au même Office dans le Cloud et sur mobilité … enfin pour le moment seulement sur Windows Phone (le tout, hors Publisher, Acces et OneNote)
  • Un espace de stockage SkyDrive de 20 Go
  • Et 60 minutes d’appels Skype par mois
  • Le tout à 99€ par an

office365-famille

Plus que son contenu, cette offre surprend par son mode de paiement via abonnement (une première !). Mais son orientation familiale nous permet de nous poser la question suivante : faut-il acheter ce package et acquérir cet Office 2013 ?

Qu’a bien pu faire l’équipe Office en presque 3 années ? Si l’on remonte dans le temps, la version 2007 avait apporté le ruban, OpenXML et l’intégration OpenDocument / PDF. La version 2010 marquait les premiers pas de la version Web d’Office. Donc qu’en est-il de cette version 2013 ?

Bien naturellement, le logiciel de bureautique de Microsoft a évolué. Nouveau design, ergonomie adaptée au tactile, évolution d’Office Web Apps, intégration au Cloud de Microsoft (SkyDrive), possibilité d’éditer des PDF. Peut-on considérer cela comme suffisamment adapté à nos attentes ?

Et bien, c’est l’offre dont je parlais ci-dessus qui nous en apporte la réponse : Mobile et Cloud. Et sur ces deux points, Office 2013 peut décevoir.

Adopter le futur  …

Posons-nous LA question du moment. Où est donc la version iPad d’Office ? Où est donc le « vrai » Office mobile ?

Certains pensent sa sortie imminente. Si cela se trouve, elle existe même déjà, bien au chaud … mais elle ne sortira peut-être jamais. Pourquoi ? Un souci d’achat in app ? Non, comme le souligne Ars Technica, ce serait tout simplement la meilleure opportunité et la pire erreur à commettre.

Making the unique … less unique

La meilleure opportunité de mettre tout le monde d’accord en tirant parti du savoir de Microsoft en matière de bureautique, et la pire erreur en ouvrant la boite de pandore d’un Office ne tournant pas sur un PC (la version Mac existe bien, mais nous sommes loin des taux d’adoptions d’Android ou iOS). Chaque Office sur iPad vendu serait un manque à gagner pour Microsoft (moins les 30% de marge d’Apple) et autant d’utilisateurs qui se détourneraient de Windows.

Pour le second point, le nouvel Office Web Apps souffre d’une ergonomie qui l’empêche de faire bonne figure sur tablettes. En trois ans, Office Web Apps n’apporte rien de radical, rattrape au mieux son retard sur la concurrence et n’est qu’une application vivant dans l’ombre de son grand frère, solidement installé sur votre poste de travail.

Office365-Office2013

Un poste de travail qui aujourd’hui devrait, nous dit-on, rimer avec un Windows 8 s’essayant à marier PC et Mobile. Mais à force de s’essayer à faire une pierre deux coups, l’hybride ne serait-il pas devenu l’ADN de Microsoft ? Cela me fait penser à Kodak, qui avait depuis le milieu des années 70/80 tout ce qu’il fallait pour régner sur la photo numérique et qui, le cul entre deux chaises, s’était efforcé de faire le grand écart entre un futur qu’ils maîtrisaient sans doute mieux que tout le monde et un passé auquel ils s’accrochaient farouchement.

Kodak Advantix

… ou mourir

Mais n’en somme pas là. Microsoft étant loin d’être moribond.

Malgré tout, pendant ce temps, la concurrence avance ses pions. Et cela me renvoie à la place de Windows dans notre quotidien, car au fil des années, Microsoft s’est efforcé de faire de son système d’exploitation le centre de nos vies numériques.

Et Office n’en est que le bras armé. Que penser d’un Windows dans un environnement qui évolue en dehors de sa sphère d’influence ? Aujourd’hui, seul le Cloud prévaut, peu importe le moyen d’accès. Il n’y a donc pas de fatalisme à penser que nous nous réveillerons sans doute un jour dans un monde où Windows ne sera qu’une option parmi tant d’autres.

Et les entreprises dans tout cela (la chasse gardée de l’éditeur) ? Prenez une tablette qui n’a aujourd’hui pas le loisir d’avoir un Microsoft Office. Vers quoi les utilisateurs vont-ils naturellement migrer ? Une tablette Microsoft ou une solution tierce, bien évidemment. Et c’est ici que la chaîne représentée par le couple Windows/Office commence à s’effriter dangereusement. D’où cette offre étonnante dont je parlais en introduction et qui s’essaye à contrer une concurrence de plus en plus offensive.

Faut-il y voir un signe avant-coureur ? Seul l’avenir nous le dira.

Protectionnisme contre innovation

Microsoft est aujourd’hui un géant. Son business lui rapporte plus de 70 milliards de dollars (dont un tiers pour la seule division Office), et comme disait Louis Gerstner à propos d’IBM, il est finalement difficile de faire danser un éléphant. Microsoft a sans doute déjà les armes pour gagner la bataille, mais a également pour mission de défendre son territoire et son trésor de guerre, quitte à devoir surréagir en urgence. Et c’est ici que les acquisitions que sont Yammer et Skype peuvent devenir salutaires, en s’imprégnant d’une culture différente et en allant là où les utilisateurs sont et vont.

“Is every Office document a website? It’s possible”

Les hommes de Balmer vont donc certainement patienter et sonder le marché grâce à leur triptyque Surface / Windows 8 / Office 2013. Ce triumvirat doit s’imposer pour imaginer remonter une pente qui commence à devenir dangereusement glissante. La survie de la firme, où tout du moins son « aura », en dépend (même si le spectre d’un Microsoft omniprésent a toujours la peau dure).

Entre-temps, certains acteurs continuent à s’affranchir d’une logique physique. D’autres créés ce qui pourraient être les futurs vainqueurs d’un jeu qui risque d’être passionnant. Autant d’éléments qui remettent en cause la place du PC comme nous le connaissons, pointant du doigt la question que pose le facteur de forme … et donc s’en détacher petit à petit. Car à bien y réfléchir, Windows est une surcouche plus ou moins utile qui s’intercale entre l’utilisateur et son navigateur Internet.

Demain, nous devrions donc nous affranchir de toujours penser Windows / Office. Ce duo n’est aujourd’hui à notre disposition que pour consommer nos données et est finalement condamné à redevenir ce qu’il est : un outil.

SharePoint 2013 antisocial

SharePoint 2010 profitait de l’effet d’aubaine généré par MOSS 2007, confirmant définitivement le succès de Microsoft en la matière. La concurrence étant assez faible, l’éditeur peaufinait son avantage stratégique logiquement centré sur le document, lui-même généré par les produits de la firme de Redmond. Limpide !

En Beta depuis quelques mois, la version 2013 de SharePoint était à l’honneur de la SharePoint Conference 2012 de Las Vegas. Plus qu’un rituel, cette grand-messe était l’occasion de définitivement lancer la nouvelle mouture du logiciel de Microsoft.

Un cycle de vie trop convivial

En 2010, le « Social » n’était que l’embryon d’une vague désormais stratégique.  BlackBerry était encore au centre de la plupart des stratégies d’entreprise. Le Cloud ne faisait pas encore école (sauf pour ce pauvre Ray Ozzie).

3 ans plus tard, c’est désormais un océan qui sépare l’éditeur d’une réalité qui lui échappe. D’où la nécessité d’aller plus vite, plus loin. Et Microsoft l’a bien compris, en suivant un plan que je décompose en 3 étapes :

  • Rationalisation – ou comment faire la même chose en plus efficace et conforme aux standards actuels
  • Évolution – ou comment intégrer les attentes des parties prenantes de son écosystème (utilisateurs, administrateurs, développeurs, etc.)
  • Expansion – ou comment pallier aux faiblesses natives de ses produits

Un produit génétiquement 1.0

SharePoint a toujours été le parfait produit d’un modèle d’entreprise organisée en silo. Sécurité, imbrication, partage de documents, la part des échanges et de l’humain n’étant réduit qu’à quelques bribes de fonctionnalités. En cela, SharePoint 2010 apportait une vision sociale très limitée, au mieux une surcouche applicative mal pensée et moyennement fonctionnelle.

Etant adapté aux organisations et non aux hommes, il s’accommodait mal d’un monde qui lui demandait d’être ce qu’il n’est pas. Car qu’est-ce que SharePoint si ce n’est :

  • Un Framework de développement = Il suffit de voir la demande de développeurs SharePoint. On ne le perçoit pas comme un produit fini apportant une vision fonctionnelle brute. On le modèle à volonté, c’est là toute sa force
  • Des espaces/sites collaboratifs = SharePoint s’organise en poupées gigognes. On parle de sites, de sous-sites, d’héritages de fonctionnalités, d’héritage de droits. SharePoint est un produit féodal dans sa manière de fonctionner, où tout est cloisonné et contrôlable

Microsoft, malgré sa position de leader sur le marché, savait que son enfant était mal né et souffrait de maux inguérissables …

2M$ = Yammer

Et c’est là qu’entre en jeu Yammer dans la stratégie de Microsoft. Incapable d’innover, les évolutions se font maintenant à grands coups de dollars. Hier Skype, aujourd’hui Yammer, qui sera le prochain ?

Quoiqu’il en soit, le rachat et donc la fusion de 2 produits phare du domaine fait désormais office d’épouvantail. La suite de tout cela ? Dixit Jared Spataro, directeur senior de la division Office :

The first step for us in this journey is SharePoint + Yammer integration

We see the people-centric paradigm of Yammer and the more document-centric model of SharePoint as incredibly complementary – and a powerful combination

L’explication est claire, Microsoft voyant en Yammer la parfaite mariée. Reste donc à réussir l’union.

Première étape, l’intégration SharePoint + Yammer. Côté marketing d’abord, avec une baisse de prix et l’intégration commerciale au Cloud collaboratif de Microsoft. Puis fonctionnellement, avec l’intégration de Web Part et l’Open Graph de Yammer (équivalent à celui de Facebook pour ceux qui se posent la question), les nouvelles fonctions communautaires de SharePoint 2013 pouvant paraitre comme les premières étapes d’intégration de Yammer dans SharePoint Server.

Quel futur donner aux deux produits ? On s’attend logiquement à du SSO, l’articulation et la cohabitation se faisant au fur et à mesure. Car Microsoft ne peut se permettre de tuer la poule aux œufs d’or qui lui rapporte  2 milliards de $ par an. Imaginez donc le potentiel, Microsoft affirme que SharePoint est utilisé par une entreprise française sur deux (la statistique est bien évidemment à pondérer, le terme « utilisé » pouvant prêter à sourire …).

Nous avons donc d’un côté un marché et des utilisateurs qui pousseraient naturellement vers Yammer et des organisations, des responsables qui continuent à ne jurer que par SharePoint. Le statuquo devrait donc encore primer quelque temps, laissant le choix du roi à Microsoft qui pour le moment va se servir de l’expérience acquise par Yammer et ses technologies pour les intégrer à ses produits historiques.

Quoi de neuf docteur ?

Mais finalement, de quel bois est-il fait ce SharePoint 2013 ?

Comme à l’accoutumé, SharePoint reste disponible en 2 versions, toutes partageant le même cœur de produit :

  • SharePoint Foundation 2013 : version gratuite, tout du moins si vous avez un Windows Server de disponible
  • SharePoint Server 2013 : version payante, que l’on risque de retrouver disponible sous forme de CAL (à l’identique de la version 2010)

Et concernant les nouvelles capacités et fonctionnalités de SharePoint 2013 ?

  • Peu de nouveautés côté architecture. On reprend les mêmes bases et on recommence
    • Côté fonctions avancées on notera pas mal d’efforts coté BI, ECM, eDiscovery, Identity Management
    • Toujours un peu plus de WCM. Des URL plus lisibles, navigation par tag ou la possibilité d’intégrer de la vidéo plus facilement, plus de fonctions de SEO
    • La recherche évolue. FAST est totalement intégré dans SharePoint Server, remisant l’ancien moteur de recherche SharePoint au placard
    • Web Analytics devient une partie intégrante des fonctionnalités de recherche
  • Côté personnalisation on s’essaye à rendre le travail un peu plus simple pour les web designer (pour ceux qui connaissent, il y avait de quoi s’arracher les cheveux)
    • Mise à jour de l’interface utilisateur pour l’adoption de l’UI Metro que l’on dit plus facile à utiliser (je demande encore à voir)
    • Meilleur respect des standards Web
  • Une nouvelle version de l’interface pour plateformes mobiles tirant allégrement parti d’HTML5
    • Possibilité de faire du push de notifications
  • Un nouveau modèle de déploiement des fonctionnalités : les Apps
    • Accès à un store local ainsi qu’à l’Office Apps Store de Microsoft
    • Bien évidemment, pas mal de nouveautés intégrées au tout nouveau Visual Studio 2012
  • Une mise à jour des fonctions sociales
    • Un vrai mur d’activités (rapport à la version 2010 qui faisait pleurer)
    • Apparition des Communautés, un nouveau type de modèle de site centré sur les interactions de personnes (fournissant entre autre, un système de Gamification)
    • Skydrive Pro, qui remplacera du même coup SharePoint Workspace ainsi que le « My Site »
    • Évolution du micro blog, apparition d’une fonction de partage en 1 clic, etc.

Bref, rien de très révolutionnaire. On ne peut néanmoins que saluer les efforts consentis pour rendre le produit moins complexe et plus accessible.

SharePoint = Social ?

Quid du nerf de la guerre : le Social ? Nous avons vu plus haut que le rachat de Yammer pouvait facilement s’interpréter comme un aveu d’échec rapport à la nature même de SharePoint qui n’a tout simplement pas la carrure d’un vrai réseau social d’entreprise.

Je trouve que Microsoft fait preuve de lucidité. Nous avons d’un côté un produit 1.0 massivement implanté en entreprise et dont le taux d’adoption est, il faut le rappeler, en croissance. De l’autre côté, un marché qui évolue vite, très vite et des acteurs émergents qui se taillent la part du lion.

En rachetant Yammer, de même que Skype, Microsoft fait plusieurs opérations très profitables :

  • Suppression de concurrents potentiels et rentables, donc bien accueilli du côté des places de marché
  • Renforcement de son positionnement et de l’image de marque auprès de ses clients/prospects et autres cabinets d’experts, partenaires, etc.
  • Absorption de technologies innovantes au seing de ses produits historiques (ou comme vu plus haut, surement en complément)
  • Intégration d’hommes et de cultures radicalement opposées à l’esprit d’une grande corporation

En cela, le nouveau SharePoint n’est finalement pas une surprise. Comme décrit plus haut, on rationalise l’existant, on fait évoluer ce qui doit l’être et on étend le spectre fonctionnel du produit.

Bien évidemment on aurait pu souhaiter une vision beaucoup plus radicale, mais il est impossible de faire table rase du passé si facilement. En cela, les décisions prises sont donc logiques. La continuité également.

A suivre …